PROPOSITIONS DE JEAN CHOLET
pendant le court séjour qu'ils firent à Bordeaux, Philippe, confirmé dans ses intentions hostiles contre l'Aragon, prit des résolutions décisives.
En effet un légat du pape, le cardinal Jean Gholet, arriva de Rome à Bordeaux '. « Le cardinal, écrivait alors un clerc du roi de France à l'abbé de Moissac, a présenté au roi les lettres du souverain Pontife par l'autorité desquelles il peut choisir l'un de ses fils qui sera fait roi d'Aragon et comte de Barcelone, à la place de Pierre ^. Comme ces lettres contiennent quelques obscurités dangereuses, le roi n'a pas encore accepté; il a envoyé à la cour romaine pour avoir des éclaircissements ^ ; s'il en obtient, il ne refusera pas ''. » C'était là le fruit des récentes conférences de Charles d'Anjou et de Martin IV : le pape faisait de l'acceptation de la couronne d'Aragon par un prince capétien (événement si favorable aux intérêts du roi de Sicile) la condition do la décime demandée par l'évêque de Dol et par Raoul d'Estrées.
Les habiletés de Charles d'Anjou avaient donc acculé le roi à la guerre; il la commença sans délai. De Bordeaux même, il fit partir pour la Navarre « une grande quantité de gens d'armes avec mission d'attaquer soit l'Aragon, soit don Sanche de Castille, suivant l'occasion ^ ». « Le roi s'en va à Toulouse, ajoute le correspondant de l'abbé de Moissac, pour y attendre de leurs nouvelles. » A Toulouse , il apprit que don Juan Nunès, chef de l'expédition, avait surpris les trois villes de Cerda, Ul et Fillera; on lui amena des prisonniers aragonais **. « Sachez, écrivait le 28 juillet en Peyre au roi
1. Marlia IV dit quelque part qu'il l'envoya à Ph. III « non ahsque sua conniventia » (A.mari. /. c, p. 320). — C'est à tort que, confondant les dates, G. de Nangis prétend que Jean Cholet accompagna Charles d'Anjou dès le mois de mars 1283. (H. F., XX, 524.)