PRÉPARATIFS
ne renonça que très tard à l'espérance do le llécliir, car, le 12 décembre, il lui écrivit encore, ainsi qu'aux membres du Sacré (!lollège. pour leur recommander ses procureurs '.
Mais en Peyre ne mettait pas toute sa confiance dans ces opérations diplomatiques, qui, d'ailleurs, no lui profitèrent point; il passa Taiméo à se débarrasser énergiquement des difficultés qui l'auraient empêché de disposer de toutes ses forces pour repousser la croisade. Le 27 mai, il céda au comte de Foix le vicomte de Castelbo * pour apaiser d'anciennes querelles. Le 23 juin, son amiral, Rog-er de Loria, infligea au prince de Salerne, sur les côtes de Sicile, une défaite célèbre. Enfin, quand le péril d'une invasion lui parut imminent, c'està-dire au mois dr^ décembre, il appela aux armes les populations belliqueuses de son royaume. « jNous sommes, disait-il dans la lettre de convocation, dans de graves conjonctures; il nous faut une grande armée pour nous défendre contre ceux qui, avec des titres empruntés, viennent nous enlever la couronne ^ » — Il se garda soigneusement des deux côtés par où l'ennemi aurait pu le surprendre : du côté de la Navarre, 011 il alla en personne combattre le partisan Juan Nunès sous les murs d'Albarrazin ^ ; du côté des possessions de son frère, le roi de Majorque, qui, pressé par la crainte des Français et déjà à demi brouillé avec l' Aragon, avait promis secrètement aux croisés le passag'e sur ses terres ^ En Peyre, pour punir Jayme et prévenir l'effet de sa trahison à la cause arag'onaise, envahit le Roussillon et captura dans Perpignan toute sa famille, en même temps que plusieurs seigneurs du Languedoc, entre autres Amaury, fils du vicomte de ?sarbonne^
1. Arch. de Barcelone, reg. XLVII, f" 131. (CARiNr, op. cit., p. 57.)
2. B. DE MoNY, Relations des comtes de Foix avec la Catalogne, p. 25. {Positions, 18'6.)
3. Carim, p. 9 (21 déc. 1284). Ordre de fortifier les frontières (19 janvier 1285). Convocations adressées aux villes de Valence, Barcelone, Sarragosse, aux ricos hombres de Catalogne, aux Sarrasins d'au delà du Xucar, etc.
4. Anon. de Ripoll. [Marca, c. 364.) — DescloL (Éd. Buchon, p. 668.)
0. Jayme de .Majorque reçut, le ~l février 1285, par une huile île .Martin IV, la permission de lever une décime de trois ans sur toutes les églises de son royaume [l'otthasl, n» 22208) à condition qu'il unirait ses forces à celles du roi de France contre r.\ragon.
6. Sur celte expédition, voy. le récit très bien fait de Heniiv, Ilist. du Roussillon, I, 148 et suiv.
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Le roi d'Aragon apprit pendant le sièg-c d'Albarrazin la mort de Charles d'i^njou, arrivée le 7 janvier. Mais la disparition de celui qui avait été jusque-là l'inspirateur de la politique française n'empêcha point les événements de suivre leur cours. « En mars, Philippe III prit l'oriflamme à Saint- Denis et se dirigea vers Narbonne, où l'ost de la croisade devait se concentrer. Il était accompagné du légat Cholet et de ses deux fils, le roi de Navarre *, et Charles, le soidisant roi d'Aragon. Le 24 mars, ils arrivèrent à l'ahhaye de Saint-Martial de Limoges, où ils demeurèrent pendant huit jours -. » En avril, ils étaient à Toulouse. A Carcassonne, le roi laissa la reine Marie de Brabant et les dames de la cour ; le l^"^ mai, les rois croisés entrèrent à Narbonne, où Jaynie de Majorque, outré de la conduite récente de son frère à Perpignan, les joignit et leur offrit ses services.
La grande armée qui suivait Philippe le Hardi était assurément très imposante. Desclot l'évalue à 338 000 hommes % la chronique de Saint-Paul de Narbonne à plus de 300 000 ^, Muntaner à 200 000 après le passage des Pyrénées; il est vrai que Villanine parle que de 20000 cavaliers et de 80000 piétons.
Des approvisionnements énormes avaient été entassés depuis deux ans à Toulouse, à Carcassonne, à Béziers, et dans les ports de Marseille et d'Aigues-Mortes; quant aux navires, Pons Rasier, « procureur du roi pour l'affaire des g-alères », en avait réuni un si grand nombre, que G. de Nangis dit qu'ils formaient comme le cortège d'un autre Neptune^; il y on avait une centaine, selon les annales de Gênes ^ Mais, formé de g-ens de toutes les provinces, encombré de non-combattants , le coûteux ost féodal était plus redoutable en apparence qu'en réalité; il allait se disjoindre au passag'e des montagnes, et fondre, comme tant d'armées chevaleresques du xiv"^ siècle, au soleil des batailles.
■1. Philip[jc le Bel poiiail déjà ce litre, car, après avoir été fait chevalier, il avait épousé, le 16 août i28i, sa liaucéo Jcanuc de Cliampagne.