PHILIPPE LE HARDI ET EDWARD
laiime de Valence, par les commissaires du roi de France '. Après 1279, il insista encore pour obtenir la restitution de quelques terres en Quercy, en Limousin et en Saintonge; le traité d'Amiens avait décidé qu'on ferait une enquête afin de savoir à qui elles appartenaient; mais, malgré les efforts des officiers anglais % l'enquête traîna en longueur. Au parlement de la Pentecôte 1280, Maurice de Craon et G. de Gienvile reçurent de Philippe III l'assurance qu'il enverrait dans les pays en litige des enquêteurs pour régler les prétentions de leur maître "; à la Toussaint 1281, la Cour réitéra la même promesse et désigna M" G. de Neuville et J. de Yillette, ceux-là mêmes qui avaient jadis surveillé la cession de FAg-enais; la question ne reçut de solution définitive qu'au commencement du règne suivant. Mais Edward I" entra sans difficulté en possession, dès 1279, d'un nouveau fief, le comté de Pontieu, qui lui échut après la mort de sa belle-mère, reine de Castille et comtesse de Pontieu *. A cette province, qui lui fai-
1. Mcind., nos iio, 112. — Voy. les procès-verbaux de la prise de possession, Magen et Tholen, Ai-ch. municipales d'Agen, pp. 1, 27. — Ces procès-verbaux ont été transcrits dans un ms. de la chancellerie anglaise qui contient en outre un état des revenus de l'Agenais au moment de la cession. Bi/jl. Bodle'ienne, fonds de sir Th. Bodley, u" 917 : « In nomine Domini, Amen. Incipit liber seu regisirum acaptamentorum debitorum domino régi Anglie racione terre Agennensis, nec non exercituum, homagiorum et aliorum deveriorum debitorum ipsi domino régi racione dicte terre Agennensis, continens niliilominus tenores litterarum, instrumentorum et quorumdam scriptorum dominum regem tangentium racione supradicte terre, et pertinentiarum, pro ut liquidius est videre. » Ce registre correspond à l'un de ceux qui sont décrits dans le catalogue des Archives anglo-aquitaines, dressé en 1321 par W. Stapleton, Rec. Off., Treasury of receipt. A 5/8 p. 190 : « Item aUud registrum de redditione terre Agennensis et de fidelitalibus... acaptamentis et deveriis duci Aquitanie debitis in terra predicta. »
2. Voy. au sujet de la nomination des enquêteurs. Pièces just if., n" xiv. — Cf. B. N., Coll. Moreau. 636, f» 229. « Hec forme sunt concordate cum magistro H. de VerdeJay. »
3. Oli7n, II, 34. — Cf. Edw. I" à Ph. III (21 juin 1281, ap. Rymër, p. 193, c. 2).
4. Ry.meh, ]i. 180. Edw. se reconnaît débiteur envers le roi de France d'une somme de GOGO 1. t. « pro rachato comitatus Ponlivi »; cf. Champ., I, 224. — Jeanne de Castille avait aussi payé autrefois à Louis IX 5 600 livres parisis « pro rachato »; mais, en 1272, elle en avait demandé la restitution sous prétexte que, la succession étant en ligne directe, elle ne devait payer aucun droit suivant la coutume de France. Philippe III avait consenti à une transaction et rendu 1000 1. p. (Arch. Nat., J, 235, n» 47). — Edw. I"'' avait pris sur lui de payer les dettes de Jean de Falevi, second mari de madame de Pontieu, et, comme il ne les paya pas aussitôt, les gens du roi de France menacèrent de les « lever » eux-mêmes. (Giia.mp., I, 257.) Thomas de Sandwich, sénéchal de Pontieu, s'en plaignit à Philippe III, qui lui répondit « moult fran-
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sait prendre pied au nord de la France, il voulut joindre le comté d'Aubemarle, provenant du même héritage ; mais le Parlement décida en 1281 qu'Aul^emarle, situé dans le duché de Normandie, revenait d'après la coutume normande à Jean de Pontieu, fils d'un puîné de la dernière comtesse '.
Les vastes domaines du roi d'Angleterre étaient gouvernés avec une habileté consommée ; les officiers d'Edward I", Jean de Grailly et Lucas de Tani, sénéchaux de Gascogne, Thomas de Sandwich, sénéchal de Pontieu, maître Bonet de Saint-Quentin, qui fut charg-é en 1285 de la réforme administrative du duché % maître Raymond de la Perrière, ont été en cilet dos hommes pleins de zèle et de mérite. Ils ont laissé beaucoup plus de témoignages de leur activité que les baillis et les sénéchaux de France. Les rapports très détaillés qu'ils adressaient à Londres sur l'état de leurs circonscriptions et sur les nouvelles politiques du jour prouvent que, non contents d'établir systématiquement une ligne défensive de bastides sur les frontières du duché et de distribuer aux villes des chartes de franchise très libérales 3, ils se préoccupaient d'informer leur prince de tout ce qu'il lui importait de savoir. Leur correspondance secrète, dont les pièces sont malheureusement dispersées et, pour la plupart, inédites*, ne permet pas de douter de leur clairvoyance. Ils dénonçaient surtout avec force les empiétements des Français sur les droits du duché. « Que faire, écrit Lucas de Tani au chancelier d'An-
chement qe des choses qe a lui apciident ne voudra qe par ses baillis soions molesté ([uanl à ce, mais ke autrui droiture ne soit dccriié ». [Rec. Off., Chanc. mise. Portf., V, n" 138.)
1. Sur la « besof^Mie d'Aubemarle », voy. une lettre du séuéchal de Pontieu à Edw. Iff, (lier. Off., Chanc. mise. Portf., V, n» 138). — Cf. l'arrêt du Parlement. L. Dkmsli:, Frugm. du reçj. de JSic. de Chartres, p. 59.