RÉGULIERS ET SÉCULIERS
De leur côté, G. de Màcon et son ami, rarchevêque de Rouen, avaient adressé, le 1" juillet 1282, une lettre circulaire aux métropolitains de Reims, de Sens et de Tours * (rarchevêque de Bourges était déjà gagné à leur cause). Ils priaient ces personnages de convoquer sans délai des synodes provinciaux, composés non seulement d'évêques, mais de chanoines, d'ahbés et de doyens, et de leur soumettre, en expliquant la gravité du litige, la question de la bulle, afin <l'élever contre l'ambition des ordres mendiants la protestation unanime du clerg-é séculier.
C'est à Paris qu'eurent lieu enfin, en décembre, des débats contradictoires -. A partir du commencement du mois, la ville universitaire fut mise en émoi par des prédications; Henri de Gand, Godefroi de Fontaines, Nicolas du Pressoir et Savari, chanoine du Mont-Saint-Eloi, parlèrent publiquement sur la bulle. Les prélats délibérèrent de faire convoquer par des crieurs, dans toutes les écoles, les maîtres de chaque faculté. Le 7 juin, dans la grande salle de l'évêché de Paris, se réunirent quatre archevêques, vingt évoques, les maîtres et les écoliers de l'Université, des frères de Saint-François et de Saint-Dominique. L'archevêque de Bourges, qui présidait, ouvrit la séance par un discours où il accusa nettement les ordres mendiants de bouleverser l'Église et de mettre la faux dans la moisson d'autrui. — « Nous avons, dit-il, fait prier personnellement les moines par le roi et par d" autres grands de ne pas se mêler de notre office ; ils n'ont pas voulu ; nous venons maintenant à vous... Ce que nous serons, vous le serez, car il n'y a guère d'évêque aujourd'hui qui ne sorte
■Reims] : « Per fatuos fratres et juvenes faciunt... per villas et civitates predicari et ducunt tabe'.iiones secum et congresint populum et majores de populo et querunt : «. Domini, fratres noslri fecerunt aliqiia mala inter vos? » Respondent : « Non. » — «Fecerunt ne fructus animorum? » — « Certe » sic dicunt béguine vel aliqui. — « Placet vobis quod nos faciamus sicut consuevimus? » Et clamant aliciui de mulliludinc : « Placet, placet »... et de hoc faciunt fieri publicum instrumentum. »
1. .Marlot, llist. de rÉr/l.de Reims, II, "JlO; Dessin, Concil. Rothom. prov.. pr, I, lîio.
2. On a trois comptes rendus des colloques de Paris, dus à des ténioias oculaires : 1" une lettre de Guillaume de iMàcon, B. N., /«<., 3120, f» 32; 2" le récit de Godefroi de Fontaines publié par du Boulav, Hist. laiiv. Paris., III, 465 sqq.; 3» le récit du Roman du Renart.
pas de vos rangs. » L'archevêque fit lire ensuite une décrétale d'Innocent IV sur les privilèges des mendiants, et G. de Mâcon prit la parole.
Adonc vesques d'Amiens estoit Un jouenes honis, ki grâce avoit De preudance et d'estre bons clercs.
Il raisonna en juriste : il interpréta la bulle en disant qu'elle autorisait les moines à confesser, mais qu'elle ne pouvait abroger, par son silence seul, les anciens canons qui les forçaient à requérir, pour user de leur droit, une licence spéciale des évêques. Il identifia la cause de l'Église séculière avec celle de l'Université, et, dans une péroraison énergique, il protesta que ces grands corps iraient, s'il le fallait, pour se défendre, jusqu'au sang^.
L'Université, cependant, ne se prononça pas, et les maîtres écoutèrent les harang-ues des moines comme ils avaient entendu celles des séculiers. Aussi, pour enlever son approbation, les évêques firent-ils de nouveau publier dans les écoles que, le dimanche suivant, il y aurait une conférence sur la bulle, à l'heure du sermon, dans l'église des Bernardins.
G. de Mâcon fut très satisfait de cette seconde journée, et sa joie, dans la lettre où il la raconte, éclate en railleries sur la confusion de ses ennemis. Son discours, qui suivit l'allocution d'un maître en théologie, avait été en effet très brillant. (( Il démontra, dit G. de Fontaines, en citant les théologiens, les canons et la loi, que les frères sont des hypocrites ; qu'ils ont le fiel dans le cœur et des douceurs sur les lèvres; qu'ils usurpent les fonctions d'autrui ; qu'ils n'ont, on un mot, nec veritatem vite, nec veritatem doctrine, nec justicie veritatem. » Il fit relire encore une fois les constitutions originales des papes, rappela les incidents de son voyage à Rome, et termina en exprimant l'espoir qu'une bulle nouvelle, complétant celle de 1281, viendrait bientôt trancher le différend.
Il paraît que l'Université reconnut cette fois le bon droit des évêques, quoique G. de Fontaines n'ait pu se procurer le