‹ Le Règne de Philippe III le HardiChapitre 29 sur 447 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Au xiii^ siècl.'^, l'entourag-e du roi, c'est l'État. C'est à la cour déjà nombreuse des derniers Capétiens directs que se trouvaient les conseillers intimes de la volonté royale; c'était là que se nouaient et se dénouaient les intrigues, que les coteries se livraient bataille, que s'exerçaient les rivalités; c'était là, en un mot, que siégeait le gouvernement, et que se passaient ces événements bruyants et superficiels qui ont toujours eu le privilège d'attirer l'attention des chroniqueurs et des historiens. Là s'élaborait, pour ainsi dire, la politique journalière. Cela est particulièrement vrai pour le règne de Philippe III, qui a été le règne des favoris et des courtisans, l'un des premiers qui aient été marqués, dans l'histoire de France, par une révolution de palais. Les intrigues de Pierre de la Broce, de la reine Marie de Brabant, de la reine Marguerite de Provence et de leurs partisans ensanglantèrent, en effet, la cour de Philippe le Hardi en 1278; elles la troublèrent pendant de longues années ; chaque parti maîtrisa successivement l'esprit du roi et gouverna par conséquent la royauté. Il importe de raconter ces vicissitudes, car elles ont coïncidé peut-être avec certains changements d'orientation, imperceptibles au premier abord, de la politique générale.

De 1270 à 1278 s'étend le principat de Pierre de la Broce; pendant cette période, toute autre influence parut s'effacer devant la faveur du grand chambellan,

Pierre de la Broce est le premier de ces ministres, choisis dans la roture ou dans la petite noblesse, dont chaque règne

verra désormais la grandeur et la décadence. Suivant la tradition, il était de très bas lignage et il avait été attaché d'abord en qualité de chirurgien ' ou de barbier ^ à la personne de Louis IX; mais cette tradition injurieuse a été inventée par ses ennemis; en réalité, comme on le voit en lisant ses papiers de famille % sa condition, si modeste qu'elle fût, n'était pas infime. Sa généalogie remontait à Pierre de la Broce en Touraine, qui vivait sous Philippe- Auguste et dont la femme Florence est qualifiée en 1224 de « noble dame * ». Le fils de Pierre et de Florence se mit, dès sa jeunesse, au service de Dreux de Mello, seigneur de Loches ; puis, il fut sergent du roi de France ^ De sa femme Péronnelle, il eut Pierre, qui devint le célèbre favori. Ce Pierre, aîné de six enfants, devint officier de l'Hôtel^, grâce au crédit des valets tourangeaux qui formaient une caste puissante dans la domesticité royale. Il paraît que saint Louis fut satisfait de sa conduite, car il le créa, en 1264, sire de Nogent-l'Ercmbert ; à partir de 1266 \ Pierre put même se faire appeler, dans les chartes authentiques, « chambellan du roi notre sire ».

En 1270, Pierre de la Broce accompagna saint Louis à la croisade de Tunis. Il était alors chevalier, chambellan, et fort bien en cour. Il n'était pas encore très riche, à la vérité, puisqu'il avait marié sa fille Perrinette à un gentilhomme auquel elle n'avait apporté que vingt-cinq livres de rente en

1. Chron. de B. d'Avesnes, H. F., XXI, 180, « pour une maladie que li rois Loeys avoil eut en sa gambe estoit cil Pieres venus en la court ».

2. QuESiNAY, Recherches sui' Vorigine de la chirurgie en France-, p. 533. « Certo nobis constitit hune non cbirur^^um sed barbitonsorem fuisse. »

3. Les papiers de famille de P. de la Broce, confisqués après sa disgrâce, ont été versés au Trésor des Chartes. Arch. Nat., J, T26-730. C'est en dépouillant ces documents qu'un érudit anonyme du xvn" siècle a dressé le tableau généalogi(iue de la maison de la Broce. Voy. Jubinal, La complainte et le jeu de P. de la B., Paris, 1835, p. 56.

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