CAUSES DE LA CHUTE DE PIERRE DE LA BROCE
prirent d'autant plus que ces événements se succédèrent en un temps plus calme. Nous distinguons aujourd'hui, mieux que les conlomporains eux-mêmes, les causes de celle disgrâce tragique qui amena Pierre de la Broce au gibet de Monfaucon.
Deux faits sont hors de doute : le premier, c'est que la noblesse féodale, qui flattait Pierre de la Broce à cause de son pouvoir, le détestait au fond du cœur, parce qu'il accaparait le roi ' ; le second, c'est que l'influence du chambellan commença à diminuer quand Philippe, veuf d'Isabelle d'Aragon, se fut remarié, en août 1274, à la jeune fille du duc de Brabant, « belle, sage et bonne », qu'il aimait beaucoup \ Les ennemis de Pierre de la Broce se groupèrent en eff'et autour de la nouvelle reine et de ses parents, les ducs de Brabant et de Bourgogne, le comte d'Artois; dans la cour, autrefois paisible, l'arrivée de la princesse Marie opposa puissance à puissance.
Le parti des « amis » de la reine ^ ne manquait pas de griefs, légitimes ou supposés, contre le favori; on l'accusait d'orgueil et d'ostentation, ainsi que sa femme Philippa *. « Il monta en moult grand orgueil et lui et sa femme, dit un anonyme % tellement qu'il tenoit plus grand estât que les nobles princes du lignage du roi, et sa femme vouloit avoir aussi grand estât que la royne, et pour ce, la royne l'avoit en despit ». On l'accusait aussi d'être de mince noblesse et de préférer l'argent à l'honneur; c'est ce que faisait entendre au roi le trouvère brabançon Adenès par ces vers hardis du Roma?i de Cléomadès, poème qui contient des allusions très claires aux intrigues de la cour de France :
1. Anon. du ms. 2813 : H. F., XXI, 92. « Et sachiez que li gentil home li [au roi] savoient moult mauves gré de ce qu'il ne les apeloit plus eu sa compaignie. »
2. C'était le 21 août 1274, que le roi l'avait épousée; le couronnement n'eut lieu, à la Sainte Chapelle, que le 2't juin 1275. Des fêtes magnifiques furent célébrées à cette occasion.