‹ Le Règne de Philippe III le HardiChapitre 41 sur 447 · H. F., XXI, 12G · texte numérisé non relu

H. F., XXI, 12G

22 PHILIPPE m

Haus home moult folement œuvre

Qu'il grant conseil vilain descuevre...

Car pieça, com dit le proverbe,

« De pute racine, pute herbe »...

Adès rêva li leus au bois.

Bon fait entour soi avoir gent

Qui aiment miex honneur qu'argent,

Dont n'aiiert pas que li vilain

Aient nul grand prince en leur main '.

Enfin, d'aucuns prétendaient que Pierre était jaloux de l'affection que le roi montrait pour la reine Marie ^; et une tradition, malheureusement très peu sûre, veut que les grands seigneurs aient été fondés à reprocher au favori son énerg-ie et sa raideur à arrêter leurs gaspillages ^

Le crédit de Pierre et de ses amis, les chambellans tourangeaux, résistait cependant à ces médisances, quand, en 127G, mourut l'héritier du trône, l'aîné des trois fils que Philippe lïl avait eus d'Isabelle d'Aragon. Il mourut subitement et l'on parla d'empoisonnement; or, le crime n'avait pu être commis que par la reine Marie et ses familiers, car il profitait aux enfants du second lit qui auraient succédé un jour à leur père à défaut des fils d'Isabelle. Il n'en fallut pas davantage pour que le bruit se répandît que les Brabançons, d'ailleurs détestés, avaient assassiné l'héritier présomptif, et c'était naturellement Pierre de la Broce, de concert avec son cousin Pierre de Benais, alors doyen de Bayeux, qui propageait et qui, au besoin, faisait naître ces rumeurs insolentes *.

1. Van Hasselt. Li romcm de Clêomadës, I, 5. Plus loin, Adenôs loue les lari^esses du roi Marcadigas à la seigneurie de sou royaume (vers 184) : « Ainsi le fist cil roi adont. — Et se li roi qui ore sotit — Et 11 prince ainsi le laisoient, — Je croi bien que miex en vauiToient. »

2. II. F., XX, 494. G. de Nangis. « Multum dolere ccpit, utali(iui affirmabant, qnod rex diligeret sic reginam. »

3. Celte tradition a été recueillie, au xv« siècle, par le compilateur des anc. chroniques de Flandres, H. F., XXII, 348. « Le comte d'Artois et le duc de Brubaiit queroient ensemble partout les armes, ce qu'ils ne pouvoicnt faire sans grands despens, et P. de la Broche, qui tout gouvernoit devers le roi, ne leur vouloil, fors à dangier, administrer tant de deniers comme ils obtenoient d'en avoir par l'ordonnance du roy. »

4. Voy. une euquète de 1278 siu- le rôle de P. de Benais dans celte affaire; Arch. Nnt., J, 429; elle a été publiée deux fois : J. de Gaulmc, Bulletin de la Société de l'Idstoire de France, 1844, pp. 87-100; — Leop. Uelisle, Cartulaire normand, n" 927.

Page 1