DÉCADENCE DE L'OST FÉODAL
les contingents fournis par leurs vassaux : gentilshommes, seigneurs ecclésiastiques et roturiers des villes. Le roi pouvait convoquer en armes tous ceux qui lui devaient le service d'ost dans l'étendue de son royaume, ou bien publier son ban dans une seule province. C'est ainsi que tous les vassaux delà France du nord furent cités à comparaître, en 1272, à Tours; en 1276, à Montfaucon; en 1283, à Toulouse, tandis que ceux de la sénéchaussée de Carcassonne reçurent en 1274, en 1279, en 4282, des convocations supplémentaires *. Au xin° siècle, l'immense machine de l'ost féodal était déjà fort malaisée à mettre en branle. La « semonce » était faite par lettres circulaires des baillis aux hommes et aux communautés de chaque ressort; encore des difficultés s'élevaientelles quelquefois au sujet de la citation des arrière-vassaux ^ La variété infinie des contrats de vasselage empêchait les contingents fournis par la semonce d'être d'un grand secours dès que les hostilités se prolongeaient et se concentraient vers des pays lointains; les bourgeois de Rouen, par exemple, comparurent à Tours lors de l'expédition de Foix, devant le maréchal F. de Yerneuil, pour représenter qu'ils ne devaient pas l'ost à plus d'une journée de marche de leur ville ^; tel personnage devait vingt jours, tel autre dix. Ce n'est pas tout; les abbayes avaient perdu l'habitude d'exercer leurs tenanciers au métier des armes, depuis que les temps étaient calmes. Quand l'abbé de Saint-Maur, le 28 septembre 1274, eut l'idée de passer près des carrières de la Varenne la revue de ses hommes, équipés, suivant leur fortune, de cuirasses ou de gambesons, armés d'épées, de couteaux ou de flèches, les habitants de Nogent, de la Varenne et de Champigny s'attroupèrent pour contempler ce rare spectacle ^. Ces pacifiques
1. 1274. Hist. gén. Lang., X, pr. c. 125. — 1279. Arch. miin. de Narbonne, Annexes de la série AA, p. 152. — 1282. B. N., Coll. Doat, CLV, f» 156 v».
2. Brlssel, Usage des fiefs, I, 171. Arrêt de l'Échiquier de Normandie en 1282 (Livre Saint-Just, f»31 v). « De nobiiibus... in Normannia, petentibus et dicentibus qiiod citatio et responsio armorum ad ipsos in terra sua spectabat, gentibus domini régis... dicentibus... domino régi pertinere, concordatum fuit quod ad regem plenarie pertinebant, et quod uobiiis qui prohibitionem fecerant hominibus suis ne ad mandatum régis predicta facerent, emendabunt. »