‹ Le Règne de Philippe III le HardiChapitre 413 sur 447 · MERCENAIRES · texte numérisé non relu

MERCENAIRES

épée à la disposition du roi de France. Philippe III accepta leurs otîres et, en septembre 1276, il conclut avec eux à Angoulême une série de contrats de louage. Le plus connu de ces chefs castillans, don Juan Nunès, qui s'intitule dans les actes « vassal de Notre-Dame et seigneur d'Albarrazin », s'engagea amener au service de Philippe trois cents hommes d'armes « en Castille, en Aragon, en Portug^al, comme en Gascogne, dans le comté de Toulouse et les pays intermédiaires », à la solde de cent sous par jour pour lui et de sept sous six deniers tournois pour chacun de ses hommes; il recevrait en outre une pension annuelle de 14 000 livres sur le trésor du Temple ', équivalente aux revenus qu'il perdait en quittant son pays natal ^. Fernando Ibanez et Nuno Gonçalvetz passèrent de semblables conventions ^ Ces levées de routiers n'avaient rien de surprenant; à la même époque, Edward d'Angleterre n'hésitait pas à soudoyer un certain Juan Alfonso, « baron d'Espagne », qui lui promettait de l'aider avec trois cents hommes d'armes bien montés et deux mille piétons dans la prévision d'un conflit avec la France *. Seulement, on peut croire que Philippe III payait un peu trop cher ces étrangers, sous prétexte qu'ils se présentaient

1. Arch. Nat., J, 600, n" 13 bis. — Cf. G. de Nangis. H. F., XX, 500. — XXI, 93. — On a conservé un grand nombre de quittances de don Juan Nunès. Voy. Fr. jMichel, Notes sur la guerre de Navarre, p. 472, n° 4. — Cf. Arch. Nat., i, 1021 (sans n").

2. Voy. une lettre de Ph. III au g'' de Navarre (août 1278). Arch. munie, de Pampelune. Cartul. del rei D. Felipe, f" 17 : « Sachiez que nos ne volons que les gens du réaume de Navarre fassent guerre pour J. Noine au réaume de Castele, se il n'estoient si vassaut ou de son linage, et les deniers que il prent de nos, nous ne les li donons que pour nostre servise fere, quant il en sera requis. »

3. Ffu .Michel, op. cit., p. 642. — Cf. Arch. munie, de Pampelune. loc. cit., f" o. Traité avec Féru. Ferez Poncii. Le roi s'engage à lui payer 3000 1. t., à savoir 1000 livres à chacun des trois comptes du Temple; il s'engage en revanche à servir le roi pendant quarante jours, à ses frais, avec 60 chevaliers. Après les quarante jours, il continuera à servir à raison de 2S sous tourn. par jour, plus sept sous et 6 den. t. par chevalier de sa compagnie, « sine restauro equorum «. (Fontainebleau, juillet 1277.)

4. iiec. Off., Chancery miscell. Portf., VU, n" 1146 (éd. Champ., I, 193), 29 septembre 1277. — Cf. iijid., p. 194. L'anc. connét. de Bordeaux à Edward l^' : « (Juaunt vous mandastes sire J. d'Arcy et le seigneur de Pomers pur faire aliénées et retenences de tous ceux que l'en purroit trover qi puissent estre profitables a garder vostre héritage en Gascogne... jeo retient a vostre servise le home puissaunt et noble J. Alfonse Carriello d'Espagne, lequel se obligea, si corne est la manière de so7i pays, mult forciement al vostre servise... »

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non comme des mercenaires proprement dits, mais comme des bannis politiques. Observèrent-ils du moins loyalement les clauses des contrats d'Angoulême?Une dénonciation anonyme contre Martin Michel, maître des arbalétriers de Navarre, tend à prouver le contraire ^ Il paraît qu'ils ne tenaient pas leurs effectifs au complet et qu'ils négligeaient même l'artifice des passevolants. Il convient de dire pourtant que don Juan Nunès et ses aventuriers rendirent de grands services, surtout lors des incursions faites en Aragon et en Castilledans le courant de l'année 1284 ^

Quant aux sergents employés à la garde des châteaux forts, ils formaient une gendarmerie vraiment permanente. Phihppe III apportait la plus grande diligence à ce que ses forteresses fussent pourvues de g^arnisons convenables. E n Navarre, les châteaux étaient gouvernés par des alcaïds qui recevaient une solde pour leur service; sans parler de l'argent et d'une certaine quantité de blé pour l'entretien de leurs hommes, ils avaient des allocations spéciales pour réparations, constructions, etc. ^ En France, les châtelains installés par les baillis ou les sénéchaux sur l'ordre du roi ^ avaient cinq sous tournois par jour, en moyenne; les sergents, huit ou dix deniers tournois ^. Châtelains et sergents étaient des gens qui avaient embrassé délibérément la profession militaire.

Telles qu'elles étaient, les armées du xni'' siècle n'auraient pas pu agir sans une foule de services auxiliaires. Le gouvernement royal avait à se préoccuper déjà de ce que l'on

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