LES CONSEILLERS DE LA COURONNE
trouva la perle des chevaliers et des sénéchaux, celui qui fut, dans les provinces méridionales, l'exécuteur armé et victorieux des volontés du prince, et en quelque sorte le Du Guesclin de son règne, Eustache de Beaumarchais '. Le troubadour Anelier a placé dans la bouche d'Erart de Yaleri un éloge emphatique de ses vertus :
« ... Un cavaler avetz que anc non fo rei nalz Ni Caries, ni Alexandre, que foron niolt nompnatz Que n'aguesson plus savi ni fos millor armatz; E dirai vos son nom, pei" lai que l'entendatz, Seygnor, el es Estaclia de Beumarche clamatz -. »
Il se montra rude justicier et vaillant homme, comme sénéchal de Poitou, d'Auvergne, de Toulouse, comme gouverneur de Navarre et comme défenseur de Girone, pendant la guerre d'Aragon; il fut, pour ainsi dire, le bras de cette royauté, dont Mathieu de Vendôme était la tête.
Le roi était, du reste, entouré d'autant de gens d'épée que de clercs. Au premier rang de ceux-là se plaçaient les grands officiers de la couronne; c'étaient d'anciens amis de Louis IX, respectueux de ses exemples ; à ce titre, Philippe III les aimait beaucoup, les employait volontiers. Ils s'appelaient Imbert de Beaujeu, connétable de France''; Jean d'Acre, bouteiller, de la race des empereurs do Constantinople *, Robert de Bourgogne, camérier. Seigneurs de haut lignage, ces officiers étaient nourris d'idées féodales et chevaleresques qui en faisaient des hommes d'un autre âge : Jean d'Acre réprima avec la dernière rudesse une révolte des bourgeois de Provins ^; Imbert de Beaujeu chercha à décider le roi à une nouvelle croisade : ce pieux personnage, malgré le désastre de Tunis, ne cessa jamais de rêver à l'expédition d'outremer^.
1. L'histoire d'E. de Beaumarchais est encore à faire. Voy. trois notices médiocres: Gompayhé, Mém. Soc. ArchéoL Midi, XI, 211; Tabl. historiques du Velay, III, 498; Fii. Michel, Notes sur la guerre de Navarre, p. 407 el p. 763.