‹ Le Règne de Philippe III le HardiChapitre 69 sur 447 · Sismondi, Hist. des Fr., V · texte numérisé non relu

Sismondi, Hist. des Fr., V

détachent pas sous nos yeux avec des contours très précis, nous en savons assez pour apprécier à peu près la nature de leur rôle; et c'est justement cette distribution des rôles qu'il est nécessaire de connaître pour mieux comprendre les péripéties de la fable historique qui s'est déroulée de 1270 à 1285. L'étude qui précède nous conduit en effet à des conclusions assez claires : elle nous apprend à réduire à sa juste valeur l'histoire de P. de la Broce; elle permet de constater que le gouvernement de la France, sous Philippe III, n'a pas été une œuvre individuelle, mais l'œuvre collective de toute une génération de clercs et de chevaliers imbus des maximes de Louis IX. Ajoutons que les conseillers de Philippe le Bel ont été des Languedociens ou des Normands : les Flotte, les Plasian, les Nogaret, les Marciac, les Dubois, les Marigny venaient des pays de droit ou de chicane; ils avaient été nourris d'abord des subtilités de la loi romaine ou dans la pratique rigoureuse des cours coutumières : de là, sans doute, le caractère processif et impitoyable de leur politique ; au contraire, les conseillers de Philippe le Hardi ont été en majorité des hommes du Nord et du Centre, naturellement adaptés à la politique traditionnelle de la dynastie toute française des Capétiens : de là leur modération. Le pouvoir royal n'en fit pas moins, en ce temps-là, des progrès marqués; or, rien ne prouve mieux l'intensité du courant qui portait alors la France vers des destinées nouvelles que cette force croissante de la royauté sous un roi faible, secondé par des hommes d'un tempérament pacifique. Mais Louis IX, malgré son désintéressement et son culte de la tradition féodale, n'avait-il pas, lui aussi, agrandi l'héritage de Philippe- Auguste? Son fils l'imita en toutes choses ; et c'est pourquoi les « bonnes gens », dont parle G. de Nangis, n'avaient pas tort de dire que Philippe avait eu un règne heureux et prospère, « à cause des mérites du saint roi '' ».

Page 1