‹ Le Règne de Philippe III le HardiChapitre 84 sur 447 · Ibid., p · texte numérisé non relu

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l'affaire du comte de foix 59

à la dynastie, quand il reçut du Toulousain des nouvelles inquiétantes : les comtes de Foix et d'Armagnac avaient bravé outrageusement son autorité, encore mal assurée dans les pays du Midi '.

Une guerre privée en avait été l'occasion. Un certain G. de Casaubon, seigneur de Sompuy, était en guerre avec la famille d'Armagnac; un jour, le comte d'Armagnac et son frère, Arnaut Bernard, passaient avec quelques hommes d'armes sur une route voisine du château de leur ennemi; celui-ci crut à une bravade, engagea le combat et tua de sa propre main Arnaut Bernard. Puis, sachant bien que les parents et les amis de sa victime, très nombreux et très puissants, viendraient tirer de lui vengeance, il se réfug^ia sous la g-arde du roi de France et déclara que, prisonnier volontaire, il s'abandonnait à sa justice et lui soumettait toute sa terre. Le sénéchal de Toulouse fit mettre aussitôt les enseignes royales, symbole de la sauveg-arde et de la paix du souverain, sur les châteaux du sire de Casaubon. Néanmoins, le comte d'Armagnac et son beau-frère, Roger Bernard III de Foix, accompagnés d'une multitude de gens armés, assiégèrent le château de Sompuy, où le meurtrier était enfermé avec sa femme et ses enfants. Ils tuèrent, parmi les défenseurs, plusieurs serviteurs du roi; et, G. de Casaubon ayant réussi à s'échapper, ils ravagèrent toute la contrée ^ incendiant le château, arrachant les vignes et les arbres, massacrant les hommes et les femmes ^ au mépris des proclamations du sénéchal.

C'est ainsi que, dès le début de son règne, Philippe III

1. Voy. un curieux mémoire rédigé sur les actes du Registrum Curie, vers 1272, par un clerc qui s'est appliqué <à relever les droits de la couronne dans le Midi, et les abus qui y portaient atteinte. B. E. C, XXXIV, p. 199. Voici l'article qui concerne le comte de Foix : « item, de comité Fuxensi ut diruat novas fortericias quas fecit et veteres quas inforciavit a tempore illo quo domino régi promisit quod hoc non faceret sine mandato domini régis... Est certum quod multas novas fecit, et adhuc farere non cessât. » — L'humeur turbulente du comte de Foix s'était déjà manifestée durant les années précédentes. Voy. Uist. gén. Lang., IX, p. 12, note 2.

2. Trois récits à consulter : G. de Puylaurcns, H. F., XX, TiiJ; G. de Nangis, Md., 490; majus Chronicon Lemovicense, XXI, 778.

3. Voy. l'enquête jugée au Parlement, 0//»i, I, 407; et Essai de i-estilulion, n» 121. — Cf. Uist. gén. Lang., X, p. 9 : « Sur quelques circonstances de la guerre que Ph. le Hardi fit au comte de Foix », § 1.

trouva l'occasion de faire œuvre de justicier *. A la nouvelle de l'attentat, il entra dans une grande colère, « indigné de ce que, pour son joyeux avènement, des gens qui n'étaient de nulle comparaison aux barons de France avaient osé entrer en ennemis sur ses terres ». Il avait, du reste, d'autres griefs contre le comte de Foix : Roger Bernard avait refusé de lui faire hommage ; il molestait l'abbaye de Pamiers. « Alors Philippe trouva en son conseil qu'il alàt sur les rebelles efforciement, pour ce qu'il étoit nouvellement rois et qu'il le dampnast en tele manière que toutli autre anemis du royaume s'en doutassent plus à meffaire vers lui -. » Il convoqua tous les vassaux de son royaume qui étaient astreints au service militaire; c'était, dit G. de Nangis, une réunion d'hommes capables de subjuguer plusieurs nations barbares. On voulait que la vue du roi de France, ainsi escorté, inspirât aux populations du Midi et aux royaumes voisins la crainte de l'offenser.

Le comte d'Armagnac n'attendit pas que la tempête fondît sur lui. Il vint implorer sa grâce à la Rochelle, vers Pâques. Quelque temps après, il fut condamné par le Parlement à 15 000 livres tournois d'amende, qu'il s'engagea solennellement à payer en quinze années ^ Roger Bernard, au contraire, confiant dans sa force \ surprit le sénéchal de Toulouse et lui enleva quelques chevaux. Mais les bourgeois de Saverdun lui fermèrent leurs portes; Beaumarchais, le sénéchal battu, ramena des troupes de Toulouse et conquit rapidement tout le comté jusqu'au Pas de la Barre. S'il n'avait pas reçu l'ordre de s'arrêter, il aurait peut-être forcé le comte de Foix, avant l'arrivée de l'ost royal, jusque dans ses derniers refuges.

Cet ost s'était formé à Tours, le 8 mai, sous la direction

1. <( In primis auspiciis regni sui ofTerlur occasio judicium et justiciam faciendi. » (G. de Puylaurens.)

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