CANDIDATURE DE PHILIPPE III A L'EMPIRE
tard Martin IV), posèrent officieusement la candidature de Pliilippe le Hardi à l'Empire; mais c'était Charles d'Anjou, ambitieux pour son neveu, parce que, en l'exaltant, il sauvegardait sa propre hégémonie en Italie, qui parlait par leur bouche.
Nous savons que de nombreux courriers furent échangés entre Orvieto et Paris. D'abord, les cardinaux Simon et Ottobone chargèrent un certain maître Pierre do dire au roi, de la part du pape, à ce qu'ils prétendaient, qu'il acquerrait de grands biens et qu'il aurait grand profit à prendre l'Empire *. Philippe « pensa en la chose », et envoya au pape et aux deux cardinaux maître Nicolas, trésorier de Saint-Frambold de Senlis, pour leur « montrer la volonté et la pensée que Dieu lui avait données ». Il le pourvut avant son départ d'instructions très nettes, en trois points : demander l'avis formel de l'Eglise romaine; les raisons de cet avis, s'il était favorable à l'acceptation de l'Empire par le roi de France; et la nature des secours que l'Eglise d'outre-monts lui accorderait pour l'aider à mener à bien l'entreprise.
Grégoire X avait quitté Orvieto au commencement de juin pour s'acheminer vers Lyon, où devait siéger sous sa présidence un grand concile œcuménique ^ Le 18, il arriva à Florence accompagné de Charles d'Anjou. Maître Nicolas, venant de France, l'y rencontra. Il s'aboucha aussitôt avec les cardinaux Ottobone et Simon dans la maison de ce dernier % qui était retenu chez lui par une indisposition. Maître Pierre rappela les négociations antérieures et invita Nicolas k faire connaître les intentions du roi de France : « Maître Nichole, or lor distes ». — Quand l'envoyé de Philippe eut développé
1. Tous nos renseignements sur ces négociations sont empruntés à un curieux rapport adressé à Philippe III par un certain maître Nicolas. M. IIkllkk (p. 32, note 2) renonce à identifier ce personnage, de même que le o magister P. », dont il est ici question; c'est probablement Nicolas, trésorier de Saint-Frambold de Senlis, plus tard évèque d'Évreux, qui s'acquitta de nombreuses missions auprès de la cour de Rome. Ce rapport de Nicolas de Senlis a été publié par M. Ch. Figeac (CoUect. des Doc. inéd., Mélanges, I, 652), d'après une médiocre copie de Dupuy.
2. La réunion d'un concile œcumémique était annoncée dans les Gaules depuis le mois de mars 1272 [Potthast, u» 20523); la ville de Lyon fut désignée le 13 avril 1273 [iO., n" 2071G).
3.11 est très probable que le roi de Sicile assista à ce premier conciliabule, car l'auteur du rapport lait mention de son absence en une autre circonstance (/. c, p. 634).
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SCS instructions, on lui conseilla de ne parler au pape ni de raisons ni de secours à donner, mais de lui demander seulement s'il convenait de prendre l'Empire ; « quar demender les raisons ore droit, tant que il eut randu son consoil, ne demendier aide n'avoit pas leu, et bien pooit li rois savoir que si ceste chose se faisoit, que il averoit de l'Esglise quanque il vourroit ».
Le lendemain, M" Nicolas et M*' Pierre allèrent visiter le pape et lui dirent « tout ce qu'ils surent dire de bien ». Mais quoiqu'il fut alors très bien disposé pour Charles d'Anjou, dont il venait de condamner les adversaires gibelins *, et quoiqu'il ne fût pas surpris par leur requête, Grégoire X paya les orateurs d'une réponse évasive. « Quand estoit de sa volenté, il vourroit moût que la chose se feit; vos estiez li princes de quoi il vourroit plus et son prou et s'anour et de qui il auroit plus grant joie, se Deus volloit que la chose avenit, mais son consoil n'osoit-il randre sur ce ne oseroit-il mie tan que il y eut pansé, quar il i voiet moût de raisons et de çà et de là. » Il ajouta que, en droit, les prétentions du roi de Gastille n'avaient pas encore été détruites, et qu'il ne pouvait conseiller à un prince de s'emparer de l'Empire « avant que le droit fût rendu ». — « Et il ne povoit autre chose dire. »
En juillet, le pape quitta Florence pour Santa-Croce, près de Bologne. Là, tous les amis du roi de France, sauf le roi de Sicile, qui était resté en arrière à Florence, le prièrent de leur communiquer le résultat de ses réflexions; il répondit avec toutes sortes de précautions ecclésiastiques qu'il n'en avait point fait, mais que si la « chose » s'opérait, il assurait Philippe de son aide. Après ce nouvel échec, M" Nicolas et les Angevins eurent encore ensemble quelques entrevues^; mais, '( entre deus », Charles d'Anjou manda aux envoyés de venir le retrouver, et le cardinal Simon leur conseilla, puisque le pape ne voulait point découvrir sa pensée, de ])rendre congé. Us le firent, et Grégoire X leur dit au