CHARLES D'ANJOU ET LA CANDIDATURE DE PHILIPPE III
départ : « Vous rcvonroz par ci, reparlés encore à moi, et si ge avoie ci entredeus cliose pansé qui feit à la besongne, si la vous diroie ». — Le roi de Sicile leur donna à Florence un mémoire qui contenait des conseils et des raisons propres, à défaut des conseils et des raisons du pontife, à lever les scrupules de son neveu. Après cela, maître Nicolas et ses compagnons traversèrent de nouveau Santa-Groce ; Grégoire X y était tombé malade; il ne les reçut même pas, et leur fit dire seulement, au bout de trois ou quatre jours, qu'il n'avait rien à ajouter à ses réponses antérieures; il les priait, à leur retour, de saluer le roi de France en son nom.
Gependant les envoyés de Philippe III ne retournaient pas en France les mains vides. Grégoire X ne s'était pas prononcé et ses hésitations mêmes étaient significatives; mais Charles d'Anjou avait mis dans son « mémoire », dont nous possédons encore l'original ', des exhortations très persuasives. On a remarqué que ce document révèle assez bien l'esprit de la politique du roi de Sicile, comme les « Enseignemens » de 1270, adressés aussi à Philippe, révèlent l'esprit de la politique de Louis IX ^. Or, cette politique de Charles d'Anjou, c'est déjà celle de Philippe le Bel.
Le mémoire comprend vingt articles, arrangés selon une gradation habile. Il pose d'abord en principe que le devoir des princes est de faire le service de Dieu (art. 1, 2) et qu'on est en droit de demander davantage au fils d'un prud'homme qu'au fds d'un autre ^ Donc, le roi doit se dévouer au service de Dieu, lui qui est puissant et dont tous les ancêtres, le roi Philippe, le roi Louis, ont bataillé outre-mer contre les Infidèles (art. 3-6). Mais il y a différentes façons de servir Dieu : porter la haire, cela ne convient point à un homme jeune; pour un prince comme le roi de France, la meilleure façon de servir Dieu, c'est de prendre l'Empire, car les croisades de ses prédécesseurs ont échoué, malgré tous les efforts, contre la puissance du sultan; or, si le roi devenait
1. Arch. Nat., J, 318, n" 79. (Coll. des Doc. incd., Mélanges, 1, 65o.)