IV. — Considérations générales sur la France
Le sol de la France a été d'abord formé . par les îles primitives du Plateau central, -de la Belgique, des Vosges, des Alpes et des Pyrénées; celles-ci ont été graduellement réunies par les ensablements apportés par les rivières qui en découlaient et les débris calcaires des animaux marins, pendant la production des terrains de transition et secondaires. Vers le milieu de la période secondaire, la mer s'était déjà par-, tagée en trois bassins principaux et distincts : ceux de Paris, de Bordeaux, et de Lyon -Strasbo urg .
Les dépôts tertiaires ont achevé de remplir
Mais en môme temps, par suite de la déperdition de la chaleur intérieure au travers de l'écorce terrestre, la masse interne se consolidait graduellement, diminuait de volume; l'écorce alors devenait trop large) et des plis, des rides se formaient comme sur une pomme • qui se dessèche ; des roches ignées sortaient par les fentes qui se produisaient. Ces rides sont les ehatnes de montagnes qui ont été en s'exhaussant graduellement et par saccades. Les Vosges ont été ainsi formées pendant les terrains ou périodes secondaires inférieurs, le Jura pendant les terrains secondaires supérieurs, les Pyrénées et les Alpes pendant les terrains tertiaires, puisque les assises inférieures bouleversées de ceux-ci s'élèvent jusqu'à des hauteurs de plus de 3000™, tandis que les assises supérieures reposent horizontalement sur leurs bases. •
La fin de la période tertiairea été marquée par un grand cataclysme qui paraît avoir
inondé la surface entière de la Terre et qui a donné à son relief les formes que nous lui ' voyons aujourd'hui, et a déposé, surtout dans les vallées, les terrains d'alluvion.
Ce lavage superficiel, loin d'effacer les traits particuliers de chaque région, de chaque terrain, les a au contraire mieux mis en saillie.
Je ne puis mieux terminer cette conférence qu'en lisant quelques passages dus à l'homme de génie auquel la science est redevable de la moitié orientale de la carte géologique de France, M. L. Elie de Beaumont :
a Les limites de ces régions naturelles restent invariables au milieu des révolutions politiques, et elles pourraient même survivre aune révolution du globequi déplacerait les limites de l'Océan et changerait le cours des rivières; car elles sont profondément inhérentes à la structure du sol, tandisquè les lignes hydrographiques dépendent d'un état d'équilibre qui pourrait être dérangé de bien
des manières. Les contours des masses minérales sont les joints principaux de l'édifice terrestre. En les découvrant, on découvre sa structure intime. En les dessinant, on dessine le plan de sa construction . Elles y sont, pour ainsi dire, incrustées de manière à durer autant que lui. La main destructive du temps, loin de< tendre à les effacer, tend, au contraire, à les mettre de plus en plus en évidence, comme elle tend à rendre de plus en plus apparents les joints des pierres d'un vieux mur. »
G. Cuvier avait dit auparavant : « Dans les pays où les lois, le langage, sont les mêmes, un voyageur exercé devine par les habitudes du peuple, par les apparences de ses demeures, de ses vêtements, la constitution du sol de chaque canton, comme d'après cette constitution, le minéralogiste philosophe devine les mœurs et le degré d'aisance et d'instruction. Nos départements granitiques produisent, sur tous les usages de la vie humaine,
d'autres- effets que les calcaires; on ne se logera, on ne se nourrira, le peuple, on peut le dire, ne pensera jamais en Limousin ou en Basse-Bretagne, comme en Champagne ou en Normandie. Il n'est pas jusqu'aux résultats de la conscription qui n'aient été différents, et différents d'une manière fixe, sur les différents sols. »
M. Elie de Beaumont ajoute pour terminer : « Les deux parties principales du sol de la France, le dôme de l'Auvergne et le bassin de Paris, quoique circulaires l'un et l'autre, présentent des structures diamétralement contraires. Dans chacune d'elles, les parties sont coordonnées à un centre; mais ce centre joue, dans l'une et dans l'autre, un rôle complètement différent.
« Ces deux pôles de notre sol, s'ils ne sont pas situés aux deux extrémités d'un môme diamètre, exercent en revanche autour d'eux des influences exactement contraires : l'un est en creux et attractif; l'autre, en relief, est répulsii.
* Le pôle en creux vers lequel tout converge, c'est Paris, centre de population et de civilisation. Le Cantal, placé vers le centre de la partie méridionale, représente assez bien le pôle saillant et répulsif. Tout semble fuir en divergeant de ce centre élevé, qui nereçoitducielquile surmonte que la neige qui le couvre pendant plusieurs mois de l'année. Il domine tout ce qui l'entoure, et ses vallées divergentes versent les eaui dans toutes les directions. Les routes s'en échappent en rayonnant comme les rivières qui y prennent leurs sources. Il repousse jusqu'à ses habitants qui, pendant une partie de l'année, émigrent vers des climats moins sévères.
« L'un de nos deux pôles est devenu la capitale de la France et du monde civilisé, l'autre est resté un pays pauvre et presque désert. Comme Athènes et Sparte dans la Grèce, l'unréunitautourdelui les richesses de la nature, de l'industrie et de la pensée; l'autre, fier et sauvage, au milieu de son
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âpre cortège, est resté le centre des vertus simples et antiques, et, fécond malgré sa pauvreté, il renouvelle sans cesse la population des plaines par des essaims vigoureux et fortement empreints de notre ancien caractère national.
« C'est la réunion des terres élevées du midi avec les plaines du nord qui présente ce caractère d'homogénéité de climat dont toute la France ressent l'influence, et qui fait que la nation française est une des plus grandes réunions d'hommes d'une coraplexion analogue.
« L'unité de la France est due, en grande partie, à ce que le noyau montagneux du Midi, à cause de son élévation, est beaucoup plus froid, proportionnellement à salatitude, que le bassin du Nord; d'où il résulte qu'abstraction faite de la Gascogne et du littoral de la Méditerranée, le sol de la France présente, jusqu'à un certain point, dans tous les départements, la même température moyenne.
* Si les relations de hauteur dont nous venons de parler étaient renversées, si les terres basses du nord de la France étaient portées au centre et que les terres élevées du centre fussent portées au nord, la France serait partagée entre deux nations presque distinctes, commelaGrande-Bretagne, entre les Anglais et les Ecossais, o
< La Gascogne et le littoral de la Méditerranée sont les deux exceptions les plus notables qu'on puisse citer aux observations générales qui viennent d'être présentées; aussi remarque-t-on que les noms de Gascons et de Méridionaux désignent les distinctions les plus tranchées qu'on puisse signaler parmi les Français, o
Coulommiers. — Tjp. ds A