POUR LES ILES AFRICAINES
Toulouse t le 4 novembre 1892.
Mon Révérend Père,
Vous désirez connaître mon appréciation sur le Règne social du Cœur de Jésus. Je me rends bien volontiers à votre souhait.
Dans ses miséricordieuses manifestations à la B. Mar-. guerite-Marie, notre divin Sauveur disait un jour :
« Mon Cœur veut régner. »
Et encore :
« Je régnerai malgré mes ennemis. »
Eh bien ! le Règne social du Cœur de Jésus, par le R. P. Ramière, de vénérée mémoire, est un commentaire magnifique de cette volonté et de cette affirmation divines. Dans une série d’aperçus éloquents et de considérations élevées, le grand apôtre du sacré Cœur nous montre tour à tour les titres du Cœur de Jésus à régner dans le monde, les attaques des ennemis acharnés à sa défaite, les luttes des soldats armés pour son triomphe et les moyens à prendre pour assurer la victoire.
Toutes ces parties d’un ouvrage qu’on pourrait appeler militant sont traitées avec une ampleur et une hauteur de vues qui saisissent à la fois l’esprit et le cœur, et où
se retrouvent sans peine le philosophe, le théologien, le polémiste et l’apôtre bien connu. Enfin, en lisant ce livre, qui complète si parfaitement Y Apostolat du sacré Cœur , et peut-être mieux encore le Cœur de Jésus et la Divinisation du chrétien, on ne peut s’empêcher de penser à ces paroles que la sainte Vierge adressait un jour à la B. Marguerite-Marie, dans une apparition célèbre :
« S’il est donné aux Filles de la Visitation de le faire connaître (le trésor du sacré Cœur), aimer et distribuer aux autres, il est réservé aux Pères de la Compagnie d’en faire voir et connaître l’utilité et la valeur, afin qu’on en profite, en le recevant avec le respect et la reconnaissance dus à un si grand bienfait. »
Il ne me reste plus qu’un vœu à formuler, mon révérend Père, c’est de voir ce beau livre entre les mains de tous les amis du sacré Cœur, prêtres et fidèles, et de voir aussi se réaliser dans le monde le Règne social du Cœur de Jésus.
Je suis votre bien dévoué en Notre-Seigneur.
f Léon Meurin, S. J.,
Archevêque-Évêque de Port-Louis.
INTRODUCTION
La société moderne i.
Par Hncarnation, le Cœur de Jésus est la vie de l’humanité. Renfermant en lui- même toute la plénitude de la grâce et de la vie divine, il nous la donne en se donnant lui-même à nous. Dû moment qu’il porte dans son sein le Cœur d’un Dieu, ce grand cadavre de l’humanité qui, depuis quatre mille ans, gisait dans la pourriture du tombeau, commence à ressusciter. La vie n’est pas encore arrivée à chacun de ses membres ; l’œuvre du Cœur de Jésus n’est donc pas encore à son terme, et, pour la compléter, il a encore des conditions bien douloureuses à remplir ; mais le plus difficile est fait : l’abîme qui séparait l’homme de Dieu est comblé ; la vie du ciel est descendue sur la terre ; le désert a reçu la rosée vivifiante, et il commence à produire des fruits divins. Nos étùcles subséquentes nous prouveront que le Cœur de Jésus ne veut pas laisserson œuvre inachevée, et qu’il est résolu à terminer ce que lui seul a pu entreprendre.
Mais avant de le suivre dans l’accomplissement de cette divine tâche, il est bon de nous arrêter un instant
1 Messager du Gœue de Jésus, t. VII, p, 175. — T. XXXII*
INTRODUCTION
pour résoudre, au moyen des données que ce' divin Cœur nous a déjà fournies, le problème qui tourmente la. société moderne.
Un grand docteur a dit de Jésus-Christ qu’il est la solution de toutes les énigmes : Solutio omnis difficul tatis Christus. Ce mot s’applique avec une vérité plus saisissante au Cœur de l’Homme-DiEu ; et, entre toutes les énigmes que ce divin Cœur peut seul résoudre, il n’en est point dont il soit plus impossible de trouver hors de lui la solution que la grande énigme qui se pose en ce moment devant l’humanité.
Il faudrait, en effet, être bien aveugle pour se persuader que les agitations qui troublent en ce moment la société humaine jusque dans ses profondeurs peuvent s’expliquer par des causes purement politiques. La politique n’atteint que la surface des sociétés : elle renverse les dynasties, change les gouvernements, modifie les rapports des peuples ; niais elle n’atteint pas les idées et n’altère pas le fond de la vie sociale. Or, en ce moment, c’est ce fond qui est atteint, chez les peuples même dont la surface paraît tranquille : ce sont les idées qui se transforment ; partout les anciennes institutions sont rejetées, comme ne répondant plus aux besoins nouveaux ; on dirait que l’humanité veut se refaire.
Il est vrai qu’on agite, sans pouvoir les résoudre, une foule de questions politiques et sociales ; mais ce qui rend ces questions insolubles, c’est qu’au-dessous
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INTRODUCTION
d’elles se cache une question suprême, la question divine, dont la solution peut seule permettre de résoudre les questions secondaires.
Cette question la voici :
Il s’agit de savoir si, en ce moment où l’humanité acquiert, avec plus de plénitude que jamais, la possession d’elle-même et de son domaine terrestre, elle se soumettra aussi plus complètement à Dieu et à Jésus-Christ, ou bien si elle se rendra indépendante et n’adorera plus, d’autre Dieu qu'elle-même.
Celte solennelle alternative est présentée à chaque siècle, à chaque nation, à chaque homme venant en ce inonde. Tous ont à opter entre la soumission à Dieu et la révolte contre sa volonté souveraine ; et leur mérite, aussi bien que leur véritable gloire, résulte de la fidélité avec laquelle ils se prononcent dans le sens dé Dieu.
Mais le moment semble venu où l’humanité entière est appelée à faire son choix. Grâce aux communications si rapides établies entre les peuples, on peut dire qu’ils n'ont tous qu’une pensée et qu'une voix. Quelles que soient les divergences et les luttes produites par les intérêts particuliers, il s’établit dans le monde entier un grand courant, qui entraîne la masse des esprits avec une force tous les jours plus irrésistible. Il s’agit de savoir si ce courant ramènera le monde moderne vers Jésus-Christ, ou l’en éloigner^ définitivement.
Jusqu’ici, il faut bien l’avouer, les apparences nous sont contraires : les mêmes causes qui ont uni ensemble les diverses portions de l’humanité lui ont inspiré un tel sentiment de sa force, qu’elle ne semble plus pouvoir se plier à aucun joug. Que l’homme enfant, que la société encore à demi-barbare du moyen âge
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acceptât les lisières de la foi et la direction de l’Église, passe encore. Mais cette soumission peut-elle bien convenir à l’homme du dix-neuvième siècle?
L’humanité a pris la robe virile, suivant la parole d’un célèbre écrivain de nos jours. Le pupille de l’Église est arrivé à l’âge adulte ; n’est-il pas temps de l’émanciper? Dans les âges de foi, on a pu accepter docilement les symboles et les mystères de l’Évangile ; mais arrivés à l’âge de raison, nous avons le droit de les discuter et de ne reconnaître aucune autorité supérieure à notre raison. Quand la matière nous obéit, quand les forces physiques les plus redoutables se plient à notre joug comme des coursiers dociles, quand la terre nous ouvre son sein et que l’océan se soumet à nos lois, ne sommes-nous pas autorisés à nous déclarer indépendants, et à ne relever que de nous-mêmes?
Voilà ce que disent, voilà ce que répètent sans cesse ceux qui se donnent comme les représentants et les fondés de pouvoir de la société moderne. Et la conclusion pratique qu’ils déduisent de leurs interminables déclamations sur la suprématie de la raison et les triomphes de la science, c’est que la société n’a plus besoin désormais de Jésus-Christ et de son Église, et que l’humanité ne doit reconnaître aucun pouvoir surhumain. Leur principal organe formulait naguère leurs prétentions avec une netteté parfaite, en disant qu’on veut « bannir le surnaturel de l’ordre religieux, » après l’avoir banni de l’ordre politique et social ; ce qui revient à dire qu’on prétend faire une société, une morale et même une religion sans l’Église, sans Jésus-Christ et sans Dieu ; ne plus fonder les vertus privées et les institutions sociales que sur la raison et la volonté de l’homme.
INTRODUCTION
Voilà ce qu’on nomme Y esprit moderne , et ce qu’on nous donne comme la condition du progrès de l’humanité.
Ceux qui ont rêvé pour elle un pareil idéal réussiront-ils à le lui faire accepter d’une manière définitive: ou bien, avertie à temps de sa funeste erreur, rentrerat-elle danfr la voie du progrès véritable ? Telle est la grande question qui porte dans ses flancs l’avenir de l’humanité.
Or, pour résoudre cette question et apprécier à sa juste valeur ce prétendu progrès moderne, il suffit d’une seule remarque, c’est que ce progrès se réduit à priver l’humanité du Cœur de Jésus, et à briser le lien d’amour par lequel il nous unit à Dieu.
Oui, le voilà, tel qu’il est en réalité, quand on le dégage des pompeux déguisements sous lesquels on s’efforce de le voiler. Pourquoi nous tant parler des conquêtes de la science et des merveilles de l’industrie? Quel droit avez-vous d’opposer à la foi, catholique ces avantages de l’ordre matériel? Non seulement ils ne lui sont pas contraires, mais elle les favorise, tant qu’ils ne sont pas poursuivis avec excès. Elle fait plus : elle fournit à la société l’antidote qui seul peut la préserver des dangers inséparables de ces progrès matériels. Est-ce que les chrétiens sont ennemis de la science? Est-çe qu’ils ne la cultivent pas avec autant de succès que leurs adversaires ? Est-ce qu’ils n’ont pas leur part dans toutes les découvertes et toutes les conquêtes modernes? Est-ce que, dans tous les temps, l’Église n’a pas encouragé dans ses écoles la culture de tous les arts utiles ? Est-ce que Rome n’est pas la capitale de l’empire des beaux-arts, comme elle est le centre de là chrétienté? Ceux qui disent que la société serait
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arrêtée dans son progrès scientifique, le jour où elle se soumettrait à l’enseignement religieux de l’Église, mentent impudemment, et pour si peu qu’ils aient d’instruction, ils savent très bien qu'ils mentent, car ils ont l’histoire toute entière contre eux.
Ce n’est donc pas là le vrai sujet du dissentiment qu'ils cherchent à établir et à rendre irréconciliable entre l’Église et la société, au nom de laquelle ils parlent. Ce qui leur déplaît dans l'enseignement de l’Église, ce dont ils ne veulent à aucun prix pour l’humanité, ils nous l’ont avoué eux-mêmes, c’est le surnaturel. Et qu’est-ce que ce surnaturel qui les effraie si fort ? Nous l'avons dit : c’est l'union de l’humanité avec Dieu par le Cœur de Jésus. Voilà ce que l’homme moderne repousse, comme incompatible avec sa liberté et sa dignité.
Regarder dans le passé, et y voir un Dieu infiniment grand et infiniment saint, pensant à nous de toute éternité, nous prédestinant à devenir les frères de son divin Fils, et à vivre de la vie dont son Cœur est la source ; élever nos yeux au ciel, et y voir, dans la personne de Jésus-Christ, la nature humaine revêtue d’une dignité divine, jouissant d’une divine félicité, et communiquant ses glorieux privilèges à tous les enfants des hommes qui consentent à les recevoir ; — abaisser nos regards sur la terre, et y voir la société divine dont Jésus est le chef, sans cesse occupée à répandre parmi les hommes la lumière, la grâce, la vie du Cœur de Jésus, à les unir avec lui et entre eux par le lien de son amour, à ne former de l’humanité qu’un seul corps et un seul esprit ; — fixer notre vue sur l’avenir, et voir, à travers les ténèbres du tombeau, se dérouler les glorieuses et interminables perspectives d'une
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éternité de bonheur, — autant de conditions humiliantes que l’homme moderne ne peut accepter.
Ne comprenez-vous pas, en effet, que, s’il acceptait ces conditions, il ne serait plus libre de se dégrader?
Admettre que le Fils de Dieu s’est fait homme pour nous éclairer, nous guider et nous rendre heureux, c’est s’obliger à reconnaître cet Homme-DiEU pour le Roi de l’humanité, à croire à son enseignement, éprendre sa loi pour règle de nos actions et de tous nos rapports, à rechercher le bonheur infini qu’il nous proposé; c’est, par conséquent, s’interdire toute attaque contre sa personne, sa doctrine, son Église, contre les droits individuèls et sociaux sanctionnés par son autorité. Comment consentir à dépouiller ainsi l’intelligence humaine de la liberté d’errer à son aise; à priver le cœur de la liberté de se ravaler au-dessous de la brute ; à empêcher la société de se détruire ellemême, quand cela lui plaît? Non, l’esprit moderne ne peut se résigner à ce sacrifice. Ne serait-ce pas renoncer au progrès, que de s’obliger à se rendre tous les jours plus semblable au type de toute perfection, que Jésus-Christ nous a offert? Ne serait-ce pas abdiquer notre raison, que de la soumettre au joug de la vérité divine qui s’est révélée à nous par Jésus-Christ? Ne serait- ce pas enchaîner notre volonté, que de l’obliger à aimer l’amour infini, qui s’est donné à nous dans le Cœur de Jésus ? Donc, au nom de la dignité humaine, de la raison, de la charité, du progrès, Jésus-Christ sera mis hors la loi.
C’est l’esprit moderne qui a prononcé cet arrêt par la bouche de ses infaillibles représentants ; et quiconque essaiera de protester sera déclaré ennemi de l’humanité, rétrograde, désireux de ramener le moyen âge.
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Tous ceux qui veulent être de leur siècle devront trouver bon que Jésus-Christ soit librement attaqué par toute sorte de sophismes et de mensonges ; qu'on arrache aux intelligences leur foi et aux cœurs leurs espérances; qu’on délivre les passions du seul joug qui puisse arrêter leurs écarts ; que l’Église soit dépouillée de toute influence sur la société, pour perdre bientôt son influence sur les âmes ; en un mot, que l’amour de Jésus-Christ soit privé de tous les instruments au moyen desquels il pouvait sauver les hommes et les peuples ; que son divin Cœur soit réduit sur la terre à un état de complète paralysie. Cet état de choses est l’idéal de la société humaine, et èlle ne marchera à grands pas dans la voie du progrès que lorsqu’elle aura partout réalisé cet idéal.
Nous l’avons rien exagéré; nous avons, au contraire, exposé très exactement le plan des ennemis de l’Église et le vrai motif de la guerre implacable qu’ils lui ont déclarée.
Nous ne nous arrêterons pas à démontrer ce qu’il y a de criminel dans ce plan; qu’il nous suffise d’en indiquer les conséquences.
Supposons qu’il a eu un plein succès ; que les vœux des ennemis de Jésus-Christ et de son Église sont exaucés ; que V esprit moderne a vaincu. Quel sera le résultat de cette victoire ?
Peut-être alors la science aura-t-elle multiplié ses conquêtes et l’industrie enfanté de nouvelles merveil-
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les? Soyons généreux , car il n’en coûte rien de l’être, quand on puise dans les' infinis trésors du possible. Admettons que tous les continents sont sillonnés par des chemins de 1er et des télégraphes, que toutes les Galifornies sont exploitées par des machines capables d’en épuiser les richesses; que la terre, mieux cultivée, fournit avec abondance la nourriture dont elle a été jusqu’à ce jour si avare; ces avantages pourront-ils compenser les biens immenses dont le Cœur de Jésus était la source, et dont l’humanité s’est privée en s’éloignant de ce divin Cœur? L’homme ne mourrat-il plus alors? Et s’il meurt encore, la science ou l’industrie humaine lui assureront-elles une existence heureuse au delà du tombeau ? — Les désirs du cœur humain seront-ils moins insatiables, et ne verra-t-on plus, comme aujourd’hui, ceux qui sont repus de jouissances atteints par ce sombre ennui auquel ils ne trouvent pas d’autre remède que le suicide? — Les passions égoïstes seront-elles éteintes, ces passions que la jouissance surexcite loin de les calmer, et qui sont aujourd’hui pour les hommes une source de douleurs, bien plus féconde que les privations et les maladies? — N’y aura-t-il plus d’égoïsme, ou bien l’égoïsme ne produira-t-il plus ses fruits amers, lorsque l’homme ne verra au-dessous de lui aucune autorité qui lui ordonne de sacrifier son intérêt particulier à l’intérêt général et le récompense pour ce sacrifice ?
Ne parlons pas ici du scélérat assez habile pour échapper à la justice humaine, et ne demandons pas s’il sera pénétré d’un bien plus grand respect pour les biens et la vie de son prochain, lorsqu’il n’aura plus à craindre, au delà du tombeau, les punitions de la jus^
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tice divine. Ne demandons pas davantage sur quelle base s’appuiera l’autorité, pour obtenir l’obéissance de ceux à qui ses ordres déplaisent et qui ont la force de lui résister. *
Contentons-nous de sommer ces prétendus amis de l’humanité de nous dire comment il pourra encore y avoir une humanité, lorsqu’ils auront réussi à détruire le seul lien qui unit ensemble tous les hommes et en fait un grand corps. Par quel lien humain remplaceraient-ils ce lien divin que le Cœur de Jésus établit entre les peuples les plus dissemblables et les races les plus hostiles ? Comment pourrai-je reconnaître un frère dans le Cafre barbare ou le stupide Australien, quand je ne le considérerai plus à la douce lumière que le Cœur de Jésus projette sur ses vices hideux?
Peuvent-ils oublier, ces philosophes humanitaires, qu’avant Jésus-Christ le sentiment de l’humanité, la philanthropie n’existait pas ; qu’elle est apparue avec le Sauveur : Apparuit humanitas (en grec philanthropia ) Salvatoris nostri , et qu’elle disparaîtrait du monde avec la foi en ce divin Sauveur, si cette foi devait jamais disparaître?
Mais écartons cette supposition funeste, et qui nous a servi seulement à apprécier les résultats de la guerre que les défenseurs du prétendu progrès moderne font au Cœur de Jésus. En combattant contre lui, ils combattent contre la lumière, contre la justice, contre la dignité de l’homme et contre l’existence môme de la société.
« Nous, au contraire, en nous enrôlant sous la bannière du Cœur de Jésus, en nous pénétrant de son esprit et en nous efforçant de le répandre, nous défendons la cause de la raison, de la morale et de l’huma-
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nité, aussi bien que la cause de Dieu et de son Christ. » f Allocution de Pie IX J
Nous aurions remporté un grand avantage, si nous parvenions à faire envisager, sous ce point de vue qui est le seul vrai, la grande question que la société moderne est appelée à résoudre. Autant nos adversaires font d’efforts pour lui donner le change, autant nous devons en faire pour rétablir la vérité. Disons et redisons à nos contemporains que l’Église ne leur demande le sacrifice d’aucun progrès, et qu’elle veut au contraire leur assurer le progrès véritable, en leur donnant le Cœur de l’Homme- Dieu pour type de leur perfection et sa grâce pour appui de leur faiblesse. Disons et redisons qu’il ne s’agit pas pour nous de nous abaisser, mais au contraire de nous élever aussi haut que Dieu, de nous diviniser, suivant l’expression si souvent employée par les saints Docteurs, en participant ici-bas à la vie de Dieu, et nous disposant ainsi à jouir éternellement de son bonheur.
L’Église ne veut aujourd’hui et n’a Jamais voulu autre chose, quoi qu’en disent les imposteurs qui la calomnient. Elle veut que les hommes acceptent la vie divine dont le Cœur de Jésus est la source ; que les peuples cherchent dans cette vie divine le complément nécessaire de leurs institutions, le mobile de tous leurs progrès et la garantie contre tous les dangers qui les menacent ; que l’humanité entière, qui porte dans son sein depuis près de dix-neuf siècles le Cœur de Jésus, lui permette enfin de dissiper les ténèbres qui la couvrent encore, de faire cesser les divisions qui la déchirent, et d’unir toutes ses forces pour s’élancer dans la voie du véritable progrès.
Ce que l’Église a fait avec saint Pierre, elle le fera
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avec ses successeurs : elle triomphera de ses ennemis ; elle fera régner le Cœur de Jésus; elle fera régner la vérité, et la vérité nous délivrera. Et veritas liberabil nos!
Il faut le reconnaître : depuis que Satan a recommencé sur la terre sa lutte contre le Roi du ciel, il n’avait pas déployé autant d’intelligence, ni obtenu un semblable succès. Dans toute l’étendue de l’univers, il n’y a presque plus un seul peuple qui reconnaisse, dans toute sa plénitude, la royauté sociale de Jésus- Christ. Ces nations, que Dieu le Père a données à son Fils en héritage, se sont soustraites à son autorité. Les unes après les autres, elles ont presque toutes répété le cri de révolte que poussa la France du dernier siècle : Nous ne voulons plus de la royauté de Jésus-Christ ; nous prétendons ne dépendre désormais que de nous-mêmes : Nolumus hune refjnare super nos.
Satan a vaincu ; mais pour combien de temps ? Il avait vaincu aussi lorsque, à son instigation, le Fils de Dieu fut attaché à la Croix et enfermé dans le tombeau. Son triomphe était complet ; mais le divin Sauveur n’était pas éloigné de prendre sa revanche, et cette revanche fut complète également.. 11 n’en sera pas autrement de nos jours. Jésus-Christ ne peut pas être plus définitivement vaincu dans son Église que dans sa propre personne. L’enfer est habile ; mais la divine Sagesse est plus habile que lui. Au chef-d’œuvre de Satan, elle saura opposer un autre chef-d’œuvre ; au suprême effort de la haine, elle opposera le suprême effort de
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l’amour. La dévotion au Cœur de Jésus sera l’antidote divin, offert à la société pour la guérir de la peste janséniste, gallicane et révolutionnaire.
Le jansénisme éloignait les âmes de Jésus-Christ présent par la sainte Eucharistie au sein de son Église ; il tarissait en elle les sources de la piété ; étouffait l’amour filial, qui est l’esprit de la loi nouvelle, pour y substituer la crainte servile ; il voilait, en Jésus-Christ, sa bonté et son amour, qu’il est venu manifester à la terre, pour ne laisser paraître que ce qu’il s’est attaché à voiler : sa formidable justice. La dévotion au Cœur de Jésus voile, au contraire, tous ses attributs terribles, pour ne laisser paraître aux yeux que sa miséricorde et sa tendresse; elle développe, dans les âmes, l’amour le plus filial, et les pousse à s’unir, dans les sacrements, à Celui qui, pour leur faciliter cette union, a franchi l’espace immense qui le séparait de la terre. Elle est donc l’antidote efficace de la peste janséniste.
Le gallicanisme, considérant trop le côté humain de la papauté, croyait ne pouvoir prendre trop de précaution pour l’empêcher de se laisser égarer par les faiblesses humaines, dans l’exercice de sa divine autorité. La dévotion au Cœur de Jésus, en nous montrant ce divin Sauveur toujours vivant dans son Église, nous accoutume à reconnaître sa voix dans celle de son Vicaire, et nous délivre de la crainte de le voir manquer à la perpétuelle assistance qu’il lui a promise. Loin de chercher à restreindre son autorité, elle se plaît à la conserver dans sa plénitude ; loin d’en considérer l’exercice comme un fardeau gênant, elle y voit un bienfaisant secours ; car en Jésus-Christ elle nous apprend à voir moins un maître qu’un ami; et nul jamais ne songera à se garantir contre les empiète-
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ments de l’amitié. La dévotion au Cœur de Jésus est donc le meilleur antidote contre l’illusion gallicane.
Le parlementarisme césarien, ébloui par le prestige du pouvoir civil, tendait à exagérer ses droits outre mesure et à rendre à César ce qui n’appartient qu’à Dieu. La dévotion au Cœur de Jésus, en mettant les chrétiens en rapport constant avec le Dieu lait homme, les accoutume à craindre d’autant moins, dans César, le caprice de l’homme, qu’ils respectent en lui l’autorité de Dieu. Jamais un vrai serviteur du Cœur de Jésus ne sera le valet d’un César quelconque, soit individuel, soit collectif.
Le libéralisme révolutionnaire lait envisager aux hommes l'affranchissement de la royauté de Jésus- Christ comme la vraie liberté des âmes et des peuples. La dévotion au Cœur de Jésus, au contraire, nous fait voir, dans la parfaite soumission à l’amour de ce divin Sauveur, l’idéal de la liberté, la condition essentielle du parfait empire sur soi-même et du parfait bonheur de la société. Cette dévotion est donc l’antipode et l’antidote du libéralisme.
En un mot, la Révolution est la répudiation complète de Jésus-Christ, la complète séparation entre l’humanité et son Chef divin, la révolte déclarée de la terre contre le ciel. La dévotion au Cœur de Jésus est la parfaite union des hommes avec l’Homme-DiEu, le lien le plus étroit qui puisse rattacher la terre au ciel, les membres à leur chef, les âmes et les sociétés à leur unique Sauveur. Elle est, par conséquent, sous toutes ses formes, le suprême antidote à la peste révolutionnaire, le remède le plus efficace aux maux des sociétés modernes, le salut du monde et le gage du triomphe de l’Église.
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C’est là ce que nous voulons prouver une fois de plus, dans ce nouveau livre que nous offrons au public.
Puissent les pages qui vont suivre, en éclairant les esprits et en dissipant bien des erreurs, aider à l’établissement du Règne social du Cœur de Jésus !
C’est tout ce que nous cherchons ; c’est la seule récompense que nous ambitionnons.