DU RÈGNE SOCIAL DK JÉSUS-CHRIST
que Dieu lui a donnée dès son origine, de disposer le globe terrestre dans la justice et l’équité *.
Mais, hélas ! les rois n’ont pas voulu comprendre ! Ils ont préféré une politique de jalousie et d’expédients à cette grandeur politique des principes èt du dévouement chrétiens. A cette pensée divine, qui meut les mondes et qui leur eut communiqué une irrésistible puissance, s’ils se fussent franchement appuyés sur elle, ils ont substitué les calculs mesquins de leur ambition et des rivalités de dynasties. L’hérésie, qui combat Jésus-Christ, et l’Église qui le glorifie, sont devenues entre leurs mains des instruments indifférents, qu’ils ont fait mouvoir tour à tour, suivant qu’ils croyaient y trouver leur intérêt. Ils n’ont pas cherché , en premier lieu, le règne de Dieu et sa justice, et c’est pour cela qu’ils ont perdu cela même qu’ils cherchaient, et que Dieu leur eut infailliblement accordé par surcroît.
Et pourtant, comme Dieu a été patient à leur égard ! Combien de fois leur a-t-il replacé entre les mains cette puissance, qu’ils avaient si bien mérité de perdre! Combien de fois ne les a-t-il pas remis sur la voie, d’où ils s’étaient écartés pour se jeter dans des abîmes !
Ce qu’il a fait pour l’ancienne Maison de France, c’est ce qu’il fait pour toutes les dynasties que les événements amènent au pouvoir dans les sociétés chrétiennes. A toutes il fait la même proposition, l’offre de les glorifier si elles veulent se consacrer à l’établissement du règne de son Fils. Que l’on veuille bien y réfléchir, et l’on verra que le moment où elles acceptent cette
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offre est le moment de leur plus grande splendeur. Daigne ce grand Dieu, qui veut le bonheur des peuples r donner à ceux qui les gouvernent la lumière et la force nécessaires pour comprendre et accepter pleinement cette mission, pour l’accomplir sans se laisser arrêter par les obstacles, et pour subir courageusement les épreuves au prix desquelles ils devront acheter leur infaillible triomphe!
Jusqu’ici, nous n’avons cherché que dans les pensées de Dieu la démonstration du lien nécessaire qui existe entre les destinées des peuples et la fidélité avec laquelle ils travaillent à la gloire de Jésus-Christ. Il va nous être facile de trouver une nouvelle preuve de cette vérité, dans les effets produits sur la terre par l’Incarnation du Fils de Dieu.
Remarquons-le bien, en effet, l’Incarnation du Verbe de Dieu a créé pour les peuples modernes, avec des devoirs nouveaux, des exigences et des nécessités que les peuples anciens ignoraient. C’est en vain que les nations chrétiennes, révoltées, essaieraient de se contenter de cette légère somme de vérités religieuses qui ont pu suffire aux nations païennes, pour acquérir un haut degré de splendeur. Depuis que le sang d’un Dieu coule dans les veines de l’humanité, il y fait naître d’immenses, d’insatiables ambitions.
Cherchez dans les historiens qui ont tracé le tableau le plus véridique des anciennes sociétés, cherchez quel-, que trace de ces aspirations vers l’égalité et la frater-
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nité, qui tourmentent les peuples modernes. D’où vient que ces immenses troupeaux d’esclaves, que les législations les plus vantées par leur sagesse ravalaient au niveau du plus vil bétail, semblaient ne pas se douter qu’ils étaient les «égaux du îsaître dont ils subissaient les tyranniques caprices ? D’où vient qu’ils portaient si patiemment un joug que l’humanité chrétienne ne saurait plus porter? D’où vient ce contraste, entre la jalouse susceptibilité du prolétariat moderne et le patient abrutissement de l’esclavage antique? D’où vient-il, sinon de l’indestFuctible influence que la révélation chrétienne exerce sur les ccçurs même qui la repoussent ? La société moderne a bien pu se dépouiller des célestes consolations et des divines assurances que Jésus-Christ est venu apporter au monde ; mais elle n’a pu complètement étoufler les instincts de grandeur qu’il a réveillés dans l’âme humaine. Elle a bien pu s’interdire l’espérance en ses promesses ; mais elle ne saurait réussir, malgré tous ses efforts, à espérer en un autre Sauveur, ni à se contenter d’une élévation inférieure à celle où il l’avait appelée.
Accoutumée, pendant des siècles, à voir Jésus-Christ dans la double autorité qui présidait à l’ordre religieux et à l’ordre civil, et à n’obéir qu’à cet Homme-DiEu, tout en obéissant à ses vicaires, elle ne sait plus se courber devant une autorité purement humaine. Les pauvres, qui avaient respecté et aimé les riches, tantqu’ils avaient vu en eux les ministres de la charité de Jésus- Christ, ne peuvent plus leur pardonner leur opulence, depuis qu’elle ne se montre plus à eux que comme un don du hasard et comme la pâture de l’égoïsme. En un mot, la balance sociale ne peut plus recouvrer son équilibre, depuis que la croix d’un Dieu anéanti n’est
plus là pour ajouter, au lot des misérables, tout le poids de ses divines espérances.
De même, les splendeurs de la foi chrétienne ont donné aux esprits, par rapport aux dogmes religieux, des exigences qu’aucun autre culte ne rencontra sur son chemin. Voyez, en dehors du christianisme, toutes ces religions qui couvrent des continents entiers des ombres de leurs mortelles erreurs. Elles n’ofïrent, à la raison humaine, aucun motif de crédibilité tant soit peu vraisemblable; leurs dogmes ne sont qu’un tissu de révoltantes absurdités ; leur histoire ne se compose que de fables ineptes et dégoûtantes ; leur culte, qu’on dirait inventé dans le but de dégrader la nature humaine, réunit dans une proportion égale l’obscénité à la barbarie; et pourtant, depuis des siècles, ces religions infernales trouvent dans leurs adhérents la docilité la plus aveugle. On dirait que l’intelligence de ces malheureux peuples a été paralysée ; taudis qu’au sein des nations que le christianisme a éclairées, les esprits qui ont repoussé sa lumière, dévorés par une inquiète curiosité, mettent sans cesse toutes les vérités en question, et paraissent également incapables de conquérir la certitude et de se reposer dans l’erreur.
On peut donc l’affirmer en toute assurance : en dehors de Jésus-Christ, il n’y a désormais pour les peuples ni foi, ni certitude, ni espérance, ni repos. Chaque jour il devient plus évident qu’il n’y a, pour le monde moderne, d’autre alternative que de rétablir l’empire de Jésus-Christ, ou de renverser les derniers appuis qui soutiennent encore l’ordre social. En dehors de l’autorité de Jésus-Christ, en dehors de la religion de Jésus-Christ, il ne peut y avoir aucune religion, aucune autorité ; et, comme l’autorité et la religion sont les