DU RÈGNE SOCIAL DE JÉSUS-CHRIST
les Mèdes et les Perses, les Grecs et les Romains ont été successivement mis en rapport arec le peuple dépositaire de la promesse du Messie, et appelés à concourir aux destinées de ce peuple. Le moment où ils ont rempli cette mission a été l’apogée de leur grandeur. Jamais la Chaldée n’a été plus grande que sous Nabuchodonosor, lorsque Daniel prédisait à Babylone la venue du Messie. Jamais la Perse n’a été plus glorieuse, qu’au moment où Gy rus lisait la prophétie où il est représenté comme le type du grand libérateur à venir. Jamais les Grecs n’ont été aussi redoutables que lorsque Alexandre vénérait les livres saints, à Jérusalem. Jamais enfin Rome ne lut plus forte, que lorsqu’elle concluait avec les Machabées un traité d’alliance. Dieu semble n’avoir élevé successivement ces divers peuples que pour leur faire mieux apercevoir la lumière, et leur déclin n’a commencé que du jour où ils ont, volontairement, fermé les yeux au flambeau qui venait de leur être présenté.
Ainsi, dans le monde moderne, les peuples du Nord, au sortir des forêts où s’était écoulée leur sauvage enfance, ont été placés en présence de Jésus-Christ, et sommés de mettre à son service l’indomptable .énergie dont il les avait doués, pour exécuter ses justices sur Rome idolâtre. Ce que Jésus-Christ leur a donné de véritables grandeurs en récompense de leurs services, nous ne l’ignorons pas.
Ainsi en sera-t-il jusqu’à la fin des temps, à l’égard des peuples qui apparaîtront sur la scène du monde. Leur apparition, leur croissance, leurs triomphes sont inévitablement réglés d’après la même loi, et dirigés vers le même but. On peut dire que ce n’est que du moment où ils sont en contact avec Jésus-Christ, que
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les divers peuples arrivent à la conscience d’eux-mêmes et prennent définitivement leur place dans la famille humaine. Jusque là, ils ne font que végéter dans une enfance plus ou moins grossière ; leur vie est plus animale qu’humaine ; tout vrai progrès leur est interdit ; le souffle divin leur manque.
De même que l’homme n’acquiert le plein usage de sa raison et ne devient, dans toute la force du terme, un agent moral que lorsqu’il apprend à connaître Dieu, son premier principe et sa fin dernière, ainsi les peuples n’acquièrent la pleine conscience de leurs destinées et le pouvoir de les accomplir que lorsqu’ils connaissent le DiEiT-Homme, dont l’autorité domine toutes les sociétés humaines et dont la gloire est le terme de leurs révolutions.
Aussi la Providence ne négligera-t-elle aucun moyen pour faire bien comprendre aux peuples chrétiens, dès leur origine, cette loi suprême de leur existence et cette nécessaire condition de leur prospérité, l’obligation de servir Jésus-Christ et de le glorifier. Lisez le préambule de la loi salique4, les capitulaires de Charlemagne, le testament de saint Étienne, premier roi de Hongrie, et vous verrez avec quelle netteté avait été saisie, dans ces temps que nous nommons barbares, celte idée, la plus belle que l’esprit humain ait jamais
* Nous empruntons la traduction d’une partie de ce préambule à M. Augustin Thierry (Lettres sur l'Histoire de France, lett. vi, in fine). « Vive le Christ qui aime les Franks : qu’il garde leur royaume et remplisse leurs chefs de la lumière de sa grâce ; qu’il protège l’armée; qu’il leur accorde des signes qui attestent leur foi, les joies de la paix et la félicité; que le Seigneur Christ dirige dans les voies de la piété les règnes de ceux qui gouvernent ; car
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conçue, l’idée de la société chrétienne. Plus lard, pour empêcher cette lumière de s’obscurcir, Dieu n’a pas craint de faire des miracles. Nous pourrions en citer plusieurs ; contentons-nous d’un seul, qui ne peut être nié, à moins qu’on ne veuille donner un démenti aux monuments les plus certains de l’histoire. Toutes les recherches de la science, au sujet de Jeanne d’Arc, n’ont abouti qu’à mettre dans un jour plus éclatant sa mission surnaturelle. Or, suivant son propre témoignage, le but de cette mission était de remettre le royaume de France entre les mains de Charles VII, à la condition que celui-ci en ferait hommage au Roi du • ciel, qui s’engageait à faire pour lui, après cette offrande, ce qu’il avait fait pour ses ancêtres. Dès sa première entrevue avec le roi, Jeanne lui dit : « Le Roi du ciel vous commande, par ma voix, de vous faire sacrer et couronner dans la ville de Reims, et vous deviendrez le vicaire du Roi du ciel, comme tout vrai roi de France doit l'ètre. »
C’est encore au nom de ce même Roi du ciel, fils de la Vierge Marie, à qui seul appartient le royaume de France, que Jeanne somme le roi d’Angleterre de l’évacuer au plus tôt.
Hélas ! il s'en faut bien que cette incomparable dignité de Vicaires de Jésus-Christ pour le gouvernement
notre nation est celle qui, brave et forte, secoua de sa tète le dur joug des Romains et qui, après avoir reconnu la sainteté du baptême, orna somptueusement d’or et de pierres précieuses les corps des saints martyrs que les Romains avaient brûlés par le feu, mutilés par le fer, ou fait déchirer par les bêtes. »
L’esprit des capitulaires de Charlemagne est trop connu pour qu'il soit nécessaire de les citer.
temporel des peuples ait été parfaitement comprise, soit par Charles VII, soit par ses descendants ! Supposons, un instant, qu’ils l’eussent tous comprise comme Louis IX; que serait-il arrivé? Le schisme d’Occident eût été impossible ; car, sûrement, il eussent mis l’intérôt de la paix de l’Église au-dessus de toutes les rivalités de nations. Sans recourir aux sévérités odieuses que les Valois entremêlèrent à des faiblesses coupables, ils auraient empêché l’hérésie d’envahir le royaume, et lui auraient épargné ces guerres religieuses qui le dévastèrent, pendant un demi-siècle. Toutes les forces, vives que ces deux lamentables événements ont consumées auraient été employées à accroître la prospérité nationale ; les abus qui en ont été la suite auraient été prévenus ou réprimés, les désordres du clergé et de la noblesse, corrigés par l’accord des deux puissances ; les vices de l’ancien régime amendés, avant de provoquer la sanglante réaction du dernier siècle. Quelle n’eût pas été la prospérité de la France au dedans, et sa puissance au dehors ! Pouvons-nous douter que, par son irrésistible ascendant, elle n’eût amené les autres nations à adopter cette grande politique chrétienne, la seule qui sauvegarde tous les intérêts et ne provoque aucune jalousie? Et si elle y était parvenue, combien l’état du monde ne serait-il pas aujourd’hui plus prospère qu'il ne l’est en réalité ?
L’Europe, au lieu d’être affaiblie par ses dissensions au moment où la découverte de la boussole vint mettre l’empire du monde entre ses mains, aurait pu s’élancer, forte de son union, à la conquête de cet empire ; et, à l’heure qu’il est, la civilisation chrétienne, partout triomphante, ferait de l’humanité entière une grande famille, paisiblement occupée à accomplir la mission