CONSÉCRATION DU COMMERCE ET DE L’INDUSTRIE
Il y a quelques années, un de nos plus ardents Zélateurs voulut appliquer notre méthode de consécration sociale aux commerçants et aux industriels. Le succès
1 On peut lire aussi dans le Messager du Cœur de Jésus (Décembre 1872, p. 417) l’admirable Formule que composa le R. P. Ramière pour la Consécration de V Afrique centrale au Cœur de Jésus. Mgr Daniel Comboni, qui l’avait sollicitée, lui
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a répondu à ses efforts, et, depuis cette époque, les Patrons chrétiens du commerce et de l’industrie accomplissent avec solennité, dans la basilique de Montmartre, leur Consécration annuelle au Cœur de Jésus. Voici, à ce sujet, quelques détails qui édifieront nos lecteurs.
« Les Patrons chrétiens du commerce et de l’industrie, écrit le Bulletin de l' Union, ont constitué à Paris une union syndicale qui porte le titre d’Union fraternelle. Chaque jour, cette belle Œuvre prend du développement. Elle n’est pas renfermée dans l’enceinte de la capitale. Elle compte des adhérents dans les villes les plus reculées de la province.
« Chaque année, une réunion solennelle est organisée à la basilique du Vœu national et présidée par le cardinal archevêque de Paris. Elle est précédée d’une retraite fermée de trois jours, dans la maison .des Pères Jésuites, à Clamart. »
En l’année 1892, comme d’habitude, les retraitants s’étaient rendus à Montmartre, où de nombreux amis s’étaient joints à eux pour passer la nuit devant le Saint-Sacrement. Pendant cette belle nuit d’adoration, cent trois patrons formaient la garde d’honneur et préparaient ainsi le triomphe du lendemain.
Le lendemain, en effet (dimanche 26 juin), dans la basilique supérieure, les patrons chrétiens, accourus de tous les points de la France, emplissaient la grande nef, tandis que la foule avait envahi les bas-côtés. Son
écrivait en le remerciant : « Quelle magnifique formule ! Le Saint-Esprit vous l’a dictée. Je l’ai traduite en plusieurs langues de mon Vicariat, et je vous annonce notre Consécration solennelle pour le 14 septembre 1873. » (Cf. Histoire abrégée de V Apostolat de la Prière , p. 16.)
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Éminence le cardinal Richard est à son trône et la cérémonie commence. V Univers l’a décrite en ces termes :
« Il s’est produit hier (26 juin), en la basilique du Vœu national, une de ces imposantes manifestations qui font jaillir l’espérance dans les cœurs les plus attristés au spectacle des malheurs actuels. Un millier au moins de commerçants et industriels, unis par une seule inspiration de piété et de foi, étaient venus, des extrémités du pays, s’agenouiller devant le sacré Cœur, afin de lui consacrer solennellement « leurs « personnes, leurs familles , leurs employés, leurs ou - « vriers, leurs ateliers . »
« La nef de l’église, malgré ses vastes proportions, avait peine à contenir leur foule recueillie : les bascôtés étaient remplis de nombreux assistants, désireux de contempler cette grandiose cérémonie, et d’unir leurs vœux et leurs prières aux prières et aux vœux des patrons chrétiens.
« A neuf heures, la messe est commencée au maître-autel, que domine, environné de lumières et de fleurs, le Saint-Sacrement exposé à la vénération des fidèles. Dans le chœur, à gauche, Son Éminence le cardinal archevêque de Paris a pris place au trône qui lui avait été préparé : il veut donner à cette cérémonie un caractère plus grand encore et plus auguste, grâce à la présence du premier pasteur du diocèse.
« Durant le saint sacrifice, les prières, dont l’attitude grave et pieuse de tous les assistants montre la ferveur, ne s’interrompent que pour le chant solennel du Credo et du cantique au sacré Cœur de Jésus. A différentes reprises, la musique des enfants des Frères de Saint- Jean de Dieu et de la chorale Saint-Victor exécutent, avec une harmonie remarquable, les plus beaux mor-
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ceaux de leur répertoire religieux. Ces accents, qui remplissent le vaisseau immense de la basilique, dont les voûtes sonores prolongent les échos, produisent une impression émouvante et solennelle.
« Le moment de la Communion venu, le nombre fut considérable des hommes qui s’approchèrent de la sainte Table, afin de recevoir en leur cœur le Pain des forts. » 0
La communion, distribuée par deux prêtres, dura en effet, plus d’une demi-heure.
Après la messe, le H. P. du Lac, S. J., montait en chaire, et son ardente allocution répondant à cette question : « Pourquoi l’industrie et le commerce viennent-ils se consacrer au Cœur de Jésus ? » préparait tous les" cœurs à ce grand acte de foi, d’espérance et d’amour. « Tous les assistants, dit un témoin, étaient remués jusqu’à l’intime de leur âme. »
A la fin du discours, un mouvement se produit dans la foule; les cierges s’allument entre les mains des fidèles. Douze des grands industriels, ayant à leur tête M. Harmel, se détachent, gravissent les degrés du sanctuaire et récitent avec la foule , qui unit sa puissante voix à la leur, l’acte de Consécration du commerce et de V industrie.
Après la formule de consécration prononcée par l’assistance entière, le vénéré cardinal se lève tout ému, et il proclame le grand acte qui vient de s’accomplir « l’une des manifestations sociales et nationales les plus considérables, » dont il ait été le témoin.
« Laissez-moi vous féliciter, s’écrie l’éminent prélat, d’avoir voulu consacrer au divin Cœur vos personnes, vos familles, vos ouvriers ou vos employés.
« Laissez-moi vous féliciter surtout de votre affection
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pour le Souverain Pontife. Vous avez dit : Nom voulons que notre soumission absolue à votre divin Cœur soit témoignée, dam notre conduite , par la soumission absolue au Souverain Pontife Léon XIII , votre représentant sur la terre Il y a quelques semaines, j’étais prosterné aux pieds du Vicaire de Jésus-Christ, lui demandant une bénédiction spéciale pour nos œuvres catholiques. Cette bénédiction, je suis heureux de vous la transmettre. »
Et sur la foule agenouillée passa, comme un rayon d’espérance, la bénédiction apostolique.
Une heure après, un banquet fraternel réunissait les pèlerins à l’abri de Saint- Joseph. M. Léon Harmel prononça une allocution pleine de foi, de cœur et de poésie chrétienne. Nons en détachons ce beau passage relatif à la Basilique de Montmartre et au sacré Cœur de Jésus :
« Un de ces derniers soirs, du haut de Clamart, où nous faisions la retraite, je considérais l’immense ville avec ses clochers, ses dômes, ses cheminées d’usines et son orgueilleuse tour Eiffel.
« Mon esprit suivait, à travers les rues, les grandes avenues et les places, la multitude des gens affairés, surmenés par la poussière ardente des intérêts, des plaisirs et des ambitions.
1 Cette promesse répond parfaitement à l’un des vœux formulés par la Consécration universelle du 16 juin 1875. Cette belle formule de consécration, si bien adaptée aux besoins de l’époque présente, peut servir à toute espèce de consécration sociale. — On la trouve, dans les bureaux du Messager du Cœur de Jésus, imprimée sur une feuille de huit pages et unie à Y Amende honorable et nationale de la France. — Prix : 5 cent. ; cinquante exempl.,1 fr. ; cent exempl., 1 fr. 50.
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« Bientôt je vis monter au-dessus de la capitale un nuage de noires vapeur, d’où sortaient, me semblait-il, des bruits confus et discordants, comme des blasphèmes et des cris de désespoir.
« Le nuage montait lentement autour du Mont des Martyrs, et s’arrêtait au seuil de la Basilique, y laissant, comme la vague son écume, une frange de douleurs haineuses et de pitié compatissante.
« Tout à coup un dernier effet du soleil couchant passa sur la colline, et fit comme une trouée lumineuse dans le sombre nuage.
« Il me revint alors à la mémoire une des plus suaves conceptions de Fra Angelico. Jésus est assis, la couronne d’épines sur la tète, au milieu de ses bourreaux. Un bandeau couvre ses yeux adorables, mais il est transparent et permet d’admirer la douceur de son regard.
« Il me sembla voir alors aussi la reproduction de cette scène au-dessus de la basilique. Notre-Seigneur Jésus-Christ a voulu planter sur cette colline la tente de son amour, le tabernacle de son Cœur adorable, afin que, de tous les points de la capitale, chaque homme puisse jouir de la douceur de son regard, y puiser le repentir et obtenir le pardon.
« Soyons donc ses fils bien-aimés, j’oserai dire ses apôtres. Nous avons une mission spéciale, nous qui appartenons au monde du travail : c’est de ramener dans les ateliers ce Jésus, qui seul peut y établir la paix et l’amour.
« Nous voulons que les âmes de nos ouvriers ou de nos employés ne soient plus étouffées sous les plafonds de nos ateliers et de nos magasins, mais qu’elles s’élancent, sur les ailes de l’espérance, dans ce radieux infini
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oii elles trouveront le vrai renouvellement de leur force.
« Nous voulons que le doux regard de Jésus pénètre dans tous les foyers, afin d’y porter la joie de la famille, la consolation des épreuves et le repos des fatigues.
« Travaillons donc, chacun de notre côté, selon notre situation, mais tous en union de prières, d’efforts et de sacrifices. Nous préparerons dès lors le Règne social du sacré Cœur , qui sera le règne de la vraie liberté, de l’amour mutuel et par conséquent du bonheur ; nous réaliserons ainsi la devise de l’union fraternelle :
« Tout par le sacré Cœur ! »
L’exemple donné par ces Patrons chrétiens du commerce et de l’industrie est vraiment très beau, très encourageant, et ce n’est certes pas sans motif que Son Éminence le cardinal Richard s’est écrié : « Cette consécration est l’une des manifestations sociales et nationales les plus considérables qui se soient accomplies dans la basilique du Sacré-Cœur. »
Or, ce grand et fortifiant exemple a éveillé dans l’àme d’un autre Zélateur de Y Apostolat de la Prière un second projet qui ne serait assurément ni moins édifiant ni moins salutaire : La consécration de l'agriculture au Cœur de Jésus. Voici donc la belle lettre que nous adresse ce zélé correspondant, Religieux de la Compagnie de Jésus,
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CONSÉCRATION DE i/ AGRICULTURE AU CŒUR DE JÉSUS.
« Mon Révérend Père,
« Comme le constatait récemment le Messager, le mouvement d'hommage social au divin Cœur de Jésus gagne de proche en proche. Pour qui veut jeter un regard sur ces vingt dernières années, c’est merveille d’apercevoir avec quel ensemble l’œuvre de la restauration lente et militante de l’ordre chrétien ne fait qu’un, pratiquement, avec la poursuite du Règne social du sacré Cœur de Jésus. En eflet, par un instinct supérieur, les catholiques français semblent s’être donné le mot pour réaliser, sur le terrain social, cette vue magistrale de Mgr Pie, « que le christianisme ne saurait être identifié aussi absolument avec aucune autre dévotion comme avec celle du sacré Cœur {. »
« Dans ce progrès, la vue du chemin parcouru ne saurait être qu’un stimulant à marcher toujours en avant. Le terme est si lointain !... La consécration de la France au Cœur de Jésus, consécration officielle et nationale, écrite ès cœurs des Français et prononcée authentiquement par les gouvernants, voilà le terme . Mais cela suppose tout un revirement, une vraie conversion de la patrie, une rénovation chrétienne dans les individus, les familles, les mœurs, les institutions : Gallia pœ nitens et devota. L’hommage national sera pour clore
1 Lettre Synodale , Décembre 1857.
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et pour couronner la divine épopée de l’action catholique dans la France moderne.
« L’œuvre est immense ; donc à l’œuvre ! Or, ne serait-ce pas une tâche profitable que de travailler à provoquer, dans la France entière, une consécration solennelle de l’agriculture au sacré Cœur ?
« La consécration des familles , que vous avez provoquée, a donné les plus encourageants résultats. On peut en dire autant de la consécration des groupes sociaux, associations et syndicats. Le domaine du Christ a été, par là, reconnu et affirmé sur ces éléments primordiaux et constitutifs de la société. Serait-il moins significatif et moins efficace de rendre hommage au Cœur de Jésus pour ce gagne-pain universel des hommes et des nations, pour ce lien social fort entre tous, le Travail? Avoir consacré le moyen d’existence de la société, sa ressource et sa force principale de cohésion, ne serait ce pas avoir avancé d’un grand pas vers la consécration sociale elle- même?
« Trois sphères de l’activité laborieuse se partagent le monde du travail : agriculture, commerce et industrie. Pour la troisième fois déjà, les patrons catholiques ont renouvellé, à Montmartre, la consécration du commerce et de l’industrie . Mais un désir se mêle à la joie de cette belle manifestation : on se prend à regretter l’absence du travail à qui revient la prééminence incontestée : Y agriculture. Que les agriculteurs chrétiens prennent donc part à cet acte d’attestation publique, et il nous sera donné de voir ainsi le Travail national consacré dans sa plénitude au Cœur de Jésus.
« Par ailleurs, l’occasion se fait plus pressante à ce moment, où commence à se produire un effort réel pour relever l’agriculture de sa déchéance imméritée,
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et pour revendiquer ses droits tant de fois lésés ou méconnus. Bien que les intérêts du pays soient intimement liés aux destinées de leur cause, avant d’arriver à pouvoir parler haut et ferme — comme le font aujourd’hui les Farmers Jigués de l’Ouest Américain — nos cultivateurs français auront à engager des luttes de toute sorte. La protection du sacré Cœur ne sera pas de trop pour mener à bien pareille campagne. Allons donc trouver près de lui « tous les secours nécessaires, le soulagement dans nos travaux et les bénédictions du ciel dans toutes nos entreprises . » Quelle autre source, mieux que le Cœur de Jésus, fournira aux initiateurs et aux chefs des trésors inépuisables de vigueur et de dévouement, si nécessaires à qui veut montrer efficacement au peuple où sont ses vrais amis ?
« La pensée de cette consécration semble d’autant moins chimérique, que nos populations rurales offrent en nombre des hommes capables, dès maintenant, d’en saisir la valeur et la portée. Je n’en veux ici pour garants que nos modestes, mais innombrables Œuvres fonctionnant dans les campagnes, que l’extension acquise par l’Archiconf rérie de Notre-Dame des Champs, que le caractère franchement ou facilement chrétien de la plupart des syndicats et unions agricoles.
« Mais réunir à Montmartre une délégation autorisée peut offrir des difficultés ? soit ; et je ne prétends pas examiner cette question, encore que certains noms se présentent ici d’eux-mêmes sous la plume. A tout le moins — avancerai-je humblement — Messieurs les Curés des paroisses rurales, là où des institutions existent, ne pourraient-ils pas promouvoir et organiser une consécration générale de l'agriculture, faite, le jour du Sacré-Cœur, par exemple, dans toute la France?
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« Voilà, mon Révérend Père, — conclut notre pieux correspondant — les quelques considérations que je me suis cru permis de vous exposer. Pardonnez-moi de l’avoir fait à la fois si longuement et si incomplètement. Qu’une fois de plus le Messager veuille bien se faire semeur, et je ne doute pas que la moisson ne lève à son heure sous le soleil du bon Dieu.
« R. de B., S. J. »
A vrai dire, ce projet nous paraît magnifique, et tous nos lecteurs partagent sans nul doute notre appréciation. Oui, que Y agriculture s’unisse au commerce et à Y industrie pour consacrer au Cœur de Jésus ses travaux, ses champs et ses récoltes ; le sacré Cœur les bénira. Mais ne l’oublions pas ; La Consécration officielle et nationale de la France , voilà le terme final.
Tel est aussi le but du Vœu national, qu’au mois de décembre 1870 le R. P. Ramière et le Messager du Cœur de Jésus proposèrent, pour la première fois, à la France entière. Ce Vœu , qui devait aboutir à la splendide Basilique de Montmartre, à Paris, était dès lors précédé de cette invitation dans le Messager :
a La France ne recouvrera sa grandeur et sa prospérité qu’en redevennant très chrétienne ; elle ne reviendra très chrétienne que par une Consécration officielle au sacré Cœur de Jésus.
« Que chaque Français prépare donc les voies à une Consécration sociale par des consécrations partielles. »
Quand nous sera-t-il donné de voir l’insigne Basilique de Montmartre amener enfin la Consécration officielle et nationale de la France? C’est le secret de Dieu. Mais déjà, grâce à l’impulsion de Y Apostolat de la Prière et de son Directeur supérieur (le R. P. Proano, S. J.), la
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République de l’Équateur, en 1873, a déjà réalisé cette Consécration sociale 1 ; l’Irlande a lait de même, et le Conseil supérieur de l’Apostolat de la Prière, en Colombie, travaille très efficacement à ce projet par la Consécration officielle et successive de toutes les communes de la République.
Ce sont là des espérances, ce sont aussi des leçons. Nous avons donné le signal, mais la France a été devancée. Puissent pourtant les beaux exemples de l’Équateur, de l’Irlande et de la Colombie éveiller un jour, dans toutes les nations catholiques et surtout dans l’âme de la France, l’efficace désir d’une Consécration nationale et officielle au divin Cœur de Jésus, sous les auspices du Cœur Immaculé de Marie !
1 Voir Messager du Cœur de Jésus, t. LI, p. 60.
TABLE DES MATIÈRES
Pages.
Introduction. — La Société moderne 1