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A) DIFFICULTÉS VENANT DE LA TERRE ET DE SES CULTURES

Ce serait une erreur de croire que le remembrement peut s'appliquer uniformément partout, sur toutes les catégories de terrains, dans toutes les variétés de cultures.

Alors qu’il est très facile de remembrer les régions de grandes plaines parce que le sol est partout de même valeur et que les travaux des géomètres y sont facilités, de grosses difficultés surgissent au contraire

dans les régions accidentées et cela pour plusieurs raisons.

D'abord les accidents de terrains sont néfastes aux travaux de mesures et d’arpentage que nécessite le remembrement.

Ensuite la composition géologique des sols au relief tourmenté varie souvent d’un champ à l’autre, car les couches géologiques sucessives affleurent à la surface de la terre, à faible distance les unes des autres. Le résultat, c’est que deux champs voisins ont souvent une valeur très différente, aussi l'estimation est évidemment plus difficile à réaliser.

Enfin la présence d’un cours d’eau au milieu d’un périmètre à remembrer rend plus difficile la tâche du géomètre, et c’est une source de frais supplémentaires.

En ce qui concerne les cultures, les vastes plaines couvertes de céréales ou de betteraves par exemple, sont faciles à remembrer car les céréales ont partout la même valeur, mais si l’on veut remembrer des côteaux couverts de vignobles, une difficulté se présente, car en effet les qualités personnelles de chaque clos sont trop précieuses pour que l’on puisse songer à un remembrement (3). Il en est de même pour les

(3) GARRIGOU-LAGRANGE, thèse Paris 1925: Lois sur le remembrement de la propriété foncière en France, écrit à ce sujet: « Voici maintement les pays de côte les plus riches peut être de notre France. Les clos d'ordinaire y sont très exigus et la propriété est toute en parcelles. Mais il est impossible d'y remédier. Nul vigneron des côtes ne consentirait à échanger son clos contre le clos du voisin; la terre n’est pas la même, et le moindre dégradé dans la couleur du sol peut influer sur le crû. L'exposition non plus n’est pas la même; et telle vigne est rôtie par le soleil comme ne l’est pas celle d'à côté ».

terrains plantés d’arbres fruitiers, de même pour les houblonnières, l'échange est également difficile à réaliser.

B) LE PRINCIPAL OBSTACLE AU REMEMBREMENT, C'EST L'ESPRIT PAYSAN REBELLE A TOUT PROGRÈS

L'esprit du paysan français et en particulier du paysan lorrain est traditionaliste et rebelle au progrès.

Le paysan a toujours gagné sa vie tant bien que mal, il est vrai, en exploitant péniblement ses nombreuses parcelles, ses ancêtres ont fait de même; de là, il déduit qu’un changement, si profond soit-il dans l'exploitation culturale, n'améliorera en rien son sort.

Le paysan français est routinier par nature et surtout défiant, et son caractère se laisse très difficilement pénétrer aux initiatives comme celle du remembrement. Qu'on vienne lui proposer une telle opération, la première idée qui surgira à son esprit sera celle-ci: « Cela ne va-t-il pas tourner à mon désavantage? ». [1 ne pensera qu’à une chose: on va lui prendre son champ pour lui en rendre peut-être un plus mauvais; aussi ses calculs se borneront là et il va s’opposer de toutes ses forces à l’opération de remembrement; il ne verra que le résultat matériel de ce qu’on lui propose sans s'inquiéter de rechercher les avantages économiques énormes que l'opération pourrait lui procurer.

Le paysan français en un mot est victime d’idées surannées et préconçues, il se cantonne dans un individualisme étroit d’où il est difficile de le faire sortir.

Il faut ajouter à ces difficultés le fait que le paysan a le culte de la famille et l’amour de la terre; il ne connaît qu’une bonne terre, la sienne, celle qu’il a toujours cultivé avec un soin jaloux et qu’il considère comme une partie de lui-même. C’est la terre qu’il tient de ses aïeux, qui est attachée à la famille et n’en doit pas sortir.

Tels sont à notre avis les obstacles essentiels à l'opération de remembrement, mais bien qu’ils soient considérables, il ne nous semble pas impossible de les surmonter. Nous nous expliquerons dans la conclusion de ce travail sur le remède qu’il convient d’y apporter.

Il nous faut étudier maïntenant la question du remembrement principalement en Lorraine, région où la terre est plus morcelée que partout ailleurs. D'où vient ce parcellement excessif ? Dans quelle mesure y a-t-on porté remède ? Que reste t-il à faire?

La réponse à ces questions, constitue le thème objet de notre premier développement.

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