CONCLUSION
La machine humaine se présente donc avec un rendement moyen de 32,5 p. 100. Dans la pratique industrielle, où l'on tient compte de la consommation au repos, cette valeur est seulement de 4,5 p. 100. Mais tous frais d'exploitation compris, les moteurs thermiques rendent sensiblement moins. Et si l’on songe aux travaux où l’homme est nécessaire, où ses forces sont le plus utiles, on voit qu’elles ne sont pas excessivement onéreuses. Eu égard, surtout, au problème social que le travail de l’homme pose sous une forme aiguë, pareille conséquence mérite toute l’attention.— La nature des aliments qui conviennent à l'emploi du moteur humain, le prix relativement bas des substances grasses et sucrées, sont des questions que n’étudient pas assez ceux qui font travailler des milliers d'hommes dans leurs terres, les colons qui ‘emploient la main-d'œuvre indigène, les officiers qui commandent « l'ordinaire » des troupes, tous ceux qui poursuivent la mise en valeur du travail humain. — JIls disposent d’une énergie dont ils ne régularisent méthodiquement ni l'entretien ni la dépense ; ils la supposentindéfectible.
Une fois choisie cette alimentation de travail, ïl faut y faire intervenir l’action si économique des boissons (café, thé, etc.) des condiments généralement préconisés par l’habitude, car ils constituent des aliments d'épargne; en restreignant la dépense énergétique, ils favorisent le rendement.
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Reste le travail en soi. Il faut aussi en examiner les conditions mécaniques, en régler la vitesse, y faire déployer l’effort strictement suffisant, si possible, pour que sa valeur devienne, dans chaque circonstance, un maximum.
Les résultats consignés dans le précédent chapitre donnent une idée de ces variations, sur lesquelles évidemment se règle la grandeur du rendement. Les chiffres du tableau I ne concernent pas le travail journalier. On peut au moins les doubler sans dépasser ce que nos sujets auraient pu fournir. Ceux du tableau VII relatifs au transport des fardeaux sur unepiste, ou sur une hauteur (tableau VI), ont un autre sens. L’ouvrier qui s’élève sur un échafaudage ou un escalier épuise son énergie utile en cinq ou six heures. A charge égale, il l’épuiserait plus lentement, en 7 ou 8 heures, s'il avait à marcher sur un terrain de niveau. Et même, pour les deux manières de travailler, il y a une limite que le fardeau, la vitesse du mouvement ne doivent pas dépasser. Ilest précieux de la connaître dans chaque cas. Ainsi, le fantassin muni de son chargement complet, ne pourrait faire plus de 25 km. par jour, à une vitesse de 4 km. à l'heure suivie de 5 minutes de repos. À la même allure et avec une charge de 65 ou 70 kg., il ferait à peine 12 km. ; l'augmentation de vitesse produit un effet analogue ; elle conduit, à un certain degré, l'organisme qui travaille à ne plus se ravitailler en énergie comme à mal se débarrasser de tous ses déchets.— L'importance des petites charges est très sensible si la route suivie offre une pente raide, car le travail d’ascension est plus onéreux que la marche.
C’est la méconnaissance de ces faits qui déprécie la valeur d’une troupe et en réduit l’utilité. Le maximum, dans la marche, correspond à un parcours de 30 km. environ, avec charge de 45 kg. et vitesse de 4 km. 800 à l'heure. Dans les travaux industriels, il s’agira donc de fractionner les masses
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à transporter en accélérant la vitesse en proportion conve- nable.
| A quelque point de vue que l’on se place, il n’est permis de parler de rendement de la machine humaine que dans le sens exclusif où il suppose la parfaite conservation des mécanismes, leur intégrité fonctionnelle. C’est le côté fondamental d’une'étude sérieuse et des bonnes applications.
Au cours mème de nos recherches, des personnes qui s’y intéressaient, médecins ou militaires, émettaient souvent l’avis que « l’homme travaille avec ses nerfs », que sa volonté influe sur le rendement. Une telle croyance est le fruit d’une confusion très répandue. Les excitations qui déclanchent un rouage ont évidemment leur rôle, mais elles ne réduisent pas la dépense, au contraire. Si, volontairement, un sujet non alimenté travaille sans relâche, si par « amour-propre » il effectue à jeun des marches de 25 ou 30 km.; cela ne veut pasdire qu'il n’ait rien consommé, ni que ses « nerfs » aient suffi à le nourrir. Il a fait appel, dans cette situation de misère courageusement, gaîiment supportée, à ses réserves, à ses tissus ; il s’est consommé ou, pour bien dire, consumé. Le rendement peut en souffrir, et, loin d'y gagner, baisser sensiblement.
Le grand problème de toute organisation où l’on destine le travail de l’homme à des buts utiles est d'éviter cette « misère physiologique », en fournissant au labeur la ration qui couvrira ses frais, aussi bien en qualité qu’en quantité. C’est alors, qu’il sera possible de déterminer le rendement de la machine humaine.
Nous avons déjà dit, à propos de la nature du moteur musculaire, que le cycle de Carvor ne s’y applique pas. D’une part, en effet, le jeu du muscle, depuis l’ingestion des aliments et de l’oxygène jusqu’à leur terme définitif de transformation, ne réalise pas un cycle fermé; d'autre part les
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phénomènes qui s’y produisent ne sont point réversibles. Il était donc antiscientifique de parler de Principe de Carnor lors même que la machine humaine serait un moteur thermique, et elle ne l’est pas. Nos expériences conduisent d’ailleurs à un rendement bien supérieur à celui que l'usage de ce Principe eût assigné aux muscles ; il supposerait dans les tissus une source permanente ou instantanée de chaleur dont la température atteindrait 363° environ!
A vrai dire, nousignorons absolument l'essence du fonctionnement musculaire. Mais, pratiquement, on suppose que la machine humaine, en reprenant son poids initial, réalise un cycle fermé, etl’on compare son rendement à celui d’une machine usuelle. Le moteur thermique, où la vapeur actionne un piston, dépense dans les meilleures conditions 800 gr. de charbon par cheval-heure, soit un rendement pratique de pa à