TOME l
)) sol dont ils pourront momentanément faire
)) un champ des enfers , finira par être le lac
» de feu qui les dévorera. ))
Elle dit, et de son regard jaillit une flamme prophétique. — « Quelle est , se dit en îui- )) même le paladin surpris , quelle est cette » femme étonnante qui , au printemps de la » vie y ose juger les rois, interroger les cieux , » peser les nations, et prononcer les destinées î . . » — Chevalier ! poursuit la fdle de Théo- )) bert, maintenant ne pourrai-je être infor- » mée du sujet de votre message ? — Les dé- » fenseurs de Béziers, répond Ostalric, ont )) tous péri. Tel que le roi du carnage, Agobar )) combattait suivi d'un drapeau noir ; et ce » signal commandait à ses hordes barbares de )) n'épargner ni le sexe ni l'âge. Le fatal dra- )) peau de l'exterminateur flotte en ce mo- » ment sur d'immenses ruines, sur une vaste )) tombe.... ; et ces ruines, cette tombe, c'é- » tait Béziers.
LÏVRE I. ï9
» Quelques troupes françaises , campées » hors de la ville, et repoussées de toutes }) parts, ont fui vers les Cévennes, qui seules )) leur offrent un refuge. J'ai devance leurs » pas. Dans peu d'heures ces guerriers seront » sous les murs de ce formidable castel qu'ils )) vous supplient de leur abandonner, et qu'ils » défendront jusqu'au trépas. Le féroce Ago- )) bar les poursuit. Si ce fort, dernière res- ;) source , leur est fermé , les précipices des )) Cévennes engloutiront leurs bataillons. J'at- » tends votre réponse. — Et cette réponse sera )) celle d'une Française. Ezilda n'est point Ta- » mie de Charles , mais elle est l'ennemie des )) Sarrasins. J'ai déjà fourni des armes et des » soldats au camp du duc de France; j'aban- » donne encore aux défenseurs de la patrie « non-seulement ma forteresse , mais les tré- » sors qu'elle renferme. Demain, au lever de » l'aurore , je quitterai Lutève : je ne veux ni » ne dois séjourner en une citadelle assiégée.
» Demain , au monastère de Sainte-Amalber- » ge^ j'irai prier pom- vous et pour la Gaule. » En achevant ces mots, elle se retire; et, préparant son départ , donne ordre d'ouvrir les portes de Lutève aux guerriers de Charles Martel.
La princesse des Cévennes , née à la cour des rois, en bas âge, avait perdu sa mère. Destinée à être l'épouse de Clodomir , unique enfant de Thierri III, elle avait reçu de son père une éducation digne de ses hautes destinées. Théobert redoutant les orages qui, à ces époques de troubles et d'anarchie, poursuivaient les têtes couronnées, avait formé la grande ame de sa fille autant pour le malheur que pour la gloire.
Elle comptait dix printemps lorsqu'à Lutèce, conduite au pied des autels, elle fut fiancée à Clodomir sous les voûtes de la chapelle royale. Les deux anneaux d'hyménée.