LIVRE IV. iiç
de Thëobert aussitôt s'élance au milieu des combattaus. Entre Léodat et le chef des Sarrasins, elle élève le bouclier qu'elle tenait encore, et s'écrie : « — Ézilda l'ordonne, Fran- » çais î respectez ce héros; que sa personne » soit sacrée î Agobar est mon prisonnier. »
Sa majestueuse attitude, ia dignité de son langage , sa noble fermeté, ses accens, pourraient-ils manquer leur effet? Le combat cesse à l'instant même ; et chaque glaive avec respect se baisse devant Ezilda.
(( — Prince ! retournez vers le fort ! dit )) l'inspirée à Léodat ; » et s'adressant au Renégat : « Vous ! chef des Musulmans , suivez- » moi ! »
D'une main prenant la main d'Agobar, de l'autre elle écarte la foule avec son bouclier ; les rangs s'ouvrent devant elle. Le long de la nef, entre une haie de soldats étonnés , elle entraîne son prisonnier ; et sans proférer un seul mot, parvient jusqu'au portail de l'église.
Là , l'héroïne s'arrête. Le cheval arabe d'Agobar non loin hennit sous le feuillage. (( — Fils de Thierri ! dit-elle, ton coursier
» t'attend, fuis ces lieux ! Le ciel, la pa-
» trie et l'honneur m'ont tous trois dicté mon » devoir : 6 Clodomir ! tous trois aussi main- )) tenant te dictent le tien. Rappelle-toi cette » journée.
)) — Etre adorable et merveilleux ! répond » Agobar avec enthousiasme , eh comment » pouvoir t'oublier î... »
Ému trop vivement, il ne peut poursuivre... Il presse avec attendrissement la main de sa libératrice; sa voix tremble, son cœur se gonfle... (( — Magnanime Ezilda ! reprend-il, » quand nos bagues furent échangées , quel
» heureux sort m'était promis ! Le trône
» de France et ton cœur. Que d'espérances » j'ai trompées ! que de félicités j'ai per- » dues!.... Bannis-moi de ton souvenir... O » la plus sublime des mortelles ! Au printemps