LIVRE IV
était sortie du fort, Léodat n'avait point douté qu'elle ne se fut rendue à la chapelle ; et inquiet de sa longue absence , il avait vole sur ses traces.
Les Sarrasins ont tiré leurs cimeterres , ils essaient de se défendre. Inutiles efforts ! ils tombent dispersés et vaincus sous le glaive des montagnards. « — Rends les armes ! dit Léodat » s'avançant vers le Renégat. — Plutôt mou- » rir î » dit Agobar , saisissant son épée royale.
Et se réfugiant sous le tableau du sanctuaire, contre la statue de Thierri , le vaillant chef prêt à périr veut du moins vendre cher sa vie.
Son intrépidité plus qu'humaine impose à la troupe assaillante. Les plumes rouges de son casque , qui jamais aux champs de bataille ne flottèrent que triomphantes , s'élèvent encore avec orgueil en cette enceinte au-dessus de tous les guerriers. Vingt glaives à la fois menacent sa poitrine y vingt glaives à la fois sont repoussés ; sans cuirasse , sans bouclier, A go-
2i8 LE RENÉGAT,
bar privé de tout secours, seul, environné d'ennemis , inabordable et comme grandi par ses exploits , est encore l'homme invincible.
Du haut des marches de l'autel , Ezilda contemple avec admiration les merveilles de la vaillance. Agobar est contre la statue de son père , et ses traits sont ceux de Thierri. Le monarque est représenté un genou en terre , demandant au ciel le salut de son fils. La reine , au fond du tableau qui pare la sainte muraille, montre à ses soldats Clodomir , et supplie la nature entière de secourir le fils de France. La vierge des Cévennes pâlit; le Renégat disparait à ses yeux : l'héritier des rois le remplace. La gloire qui rayonne sur le front du vainqueur de l'Ibérie est encore une nouvelle preuve qu'il est prince français. Le laisserat-elle immoler?... c'est Clodomir; c'est son époux.
Le prince des Avernes vient de blesser son fier ennemi. Le sang d' Agobar a coulé, La fille