LIVRE V
Cet inconcevable silence sur un événement aussi important que la prise du chef ennemi , confond toutes les pensées, et ouvre un champ vaste à toutes les conjectures. Les guerriers de Ségorum n'osent interroger Ezilda sur l'étrange motif qui l'a portée à briser les fers du plus implacable ennemi de la France ; mais ils se consultent entre eux , observent ses moindres actions , épient ses plus légers mouvemens , pèsent chacune de ses paroles ; et toujours la trouvant sublime , approuvant jusqu'à ses mystères, ils l'admirent plus que jamais.
En sera- 1- il partout de même?.... Non. L'héroïne qui bientôt occupera les cent voix de la renommée , ne pourra point en tous lieux par sa présence imposer à la calomnie. Au loin, par Charles Martel et la France, elle sera vue sous mille formes, envisagée sous mille aspects et jugée de mille manières.
Que de sentimens douloureux accablent la
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princesse ! Lliëiitier des Mérovingiens, l'époux qu'elle a tant regretté , Clodomir , n'a point perdu la vie ! . . . Mais Clodomir est le Renégat ! le roi de France est Agobar !... Au trouble de ses esprits , à l'agitation de son cœur, Ezilda ne peut se méprendre. Le chef des Sarrasins, le renégat blasphémateur, le redoutable ennemi des chrétiens, Agobar enfin. . . l'intéresse. Et peut-il en être autrement ? il est le fils de Thierri. Sa vie est toujours en quelque sorte liée à la sienne ; et malgré ses forfaits , il est encore Clodomir. Ah I sans doute non moins malheureux que coupable , il fut la victime d'une irrésistible fatalité. Sous cette enveloppe barbare dont il cherche à se revêtir, à tous momens et malgré lui, perce une ame grande et sensible. Ses crimes furent du destin , ses belles actions sont de lui. L'étonnante beauté du héros , sa vaillance surnaturelle , sa colossale renommée , ce qu'il a dit de ses infortunes, l'ascendant qu'elle a pris sur lui, tout en