LIVRE V
nommée Labrod où l'armëe chrétienne s'étend. Les infidèles s'avancent à grandes journées ; bientôt les ennemis seront en présence ; la bataille va se livrer. Les montagnards avec impatience attendent le signal de l'attaque. Ils appellent à grands cris la Gauloise victorieuse. Ils ^ont besoin de sa présence; en leurs rangs il faut qu'elle se montre : Ezilda traversant la plaine en doit faire un champ consacré. La terre qu'elle aura foulée ouvrira l'abime vengeur où doit s'engloutir l'infidèle.
Au loin des tourbillons de poussière ont annoncé les mécréans : la trompette guerrière a sonné... Des portes de Ségorum, un char brillant s'est élancé. Les belliqueux coursiers qui le traînent , en leur essor impétueux , effleurent à peine la terre. En peu dinstans il atteint la plaine; et dans la déité qui le guide les montaiinards émerveillés reconnaissent la fille
des Gaules.
Sans casque, sans bouclier, sans cuirasse ,
23o LE RENÉGAT,
elle est seule au milieu du char. Sou front est rayonnant de résolutions héroïques et d'espérances glorieuses. A travers les rangs français et avec rapidité, telle qu'une pensée sublime, elle passe resplendissante : « — Soldats chré- » tiens ! » s'écrie-t-elle , leur montrant les Sarrasins , puis la voûte azurée ; (( le laurier » de la terre , ou les couronnes du Ciel ! par- » tout une gloire certaine ! ici deux immor- » talités !»
Elle dit y et semblable à Taui ore , elle paraît , éclaire , éblouit. Du haut de son char , elle a versé sur les braves de la patrie , non les largesses terrestres de la création , mais les inspirations divines du Créateur, l'enthousiasme , la piété , l'héroïsme et le dévouement.
Elevant sa blanche bannière où brille en lames azurées le signe sacré du salut , à son armée elle commande — et la bataille est engagée. Entourée d'un escadron composé de Léodat et de ses plus vailians chevaliers ,