‹ Le renégatChapitre 169 sur 334 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

» tombée au dernier degré du malheur et de » l'humiliation, que sauvée par une autre » main que la sienne.

» Croyez-moi , princesse 5 vos triomphes » éclatans sont , aux yeux de l'usurpateur , » équivalens aux grands forfaits. Seul il s'est » adjugé parmi les Francs le droit de vaincre )) et d'être encensé j vous vous êtes en quel- » que sorte arrogé ses pouvoirs; vous avez eu » l'audace de triompher comme lui et sans » lui. Criminelle de votre gloire, attendez- )) vous à sa vengeance.

» — Charles Martel, répond Ezilda, n'ose- )) rait, quelle que soit sa jalouse fureur, diri- )) ger contre moi ses coups. Chancelant encore )) sur les marches du trône, il se perdrait s'il » voulait me perdre. La politique, se plaçant » entre lui et moi, me met à l'abri de ses at- » teintes. J'ai, pour me préserver de son ini- » mitié, plus que la puissance des armes, j'ai » l'empire d'un nom sans tache , j'ai l'ascen-

8 LE RKiNÉGAT.

» dant de la vertu — — Et l'amour de votre » patrie 5 s'écrie Lëodat avec feu. Il est pos- » sible sans doute que l'artificieux maire, )) abandonné par une partie des grands vas- » saux de la monarchie , craigne de s'aliéner » le reste de la Gaule , en écoutant les con- » seils de sa haine; mais, en admettant cette » supposition , je prévois d'avance sa conduite. » Il va feindre pour vous la plus haute admi- >^ ration; et sous vos pas, avec adresse, il va » tendre d'infâmes pièges , il va creuser de )) noirs abîmes. Déjà ce prince déloyal cher- » che à vous enlever les braves qui vous en- » tourent; il lui tarde que seule et délaissée )) vous ne puissiez plus combattre ni vaincre. » Quelle serait sa joie si la vierge de Ségo- » rum, tombée sans défense au pouvoir des » Sarrasins , et livrée à leurs outrages , ex- » piait la gloire par l'opprobre !

» Illustre héroïne î vous n'aviez pris les )) armes que pour relever la France abattue,

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