LIVRE VI
plié des Sarrasins, et doit du joug d'un peuple impie aflrancliir les terres chrétiennes ; mais une insurmontable inquiétude le tourmente ; il n'ignore pas que la fiancée de Clodomir est l'ennemie de tout usurpateur. 11 vient d'apprendre qu'une armée nombreuse est rangée sous ses ordres. La puissance d'Ezilda l'efTraie. La fille de Théobert, dont il connaît le courage et la fermeté , lui parait une princesse ambiti-euse qui ne cherche à repousser les infidèles, que pour se créer dans la Septimanie un royaume indépendant. Charles , accoutumé d'ailleurs à ne devoir ses conquêtes qu'à sa seule vaillance , se sent humilié d'avoir à reconnaître la gloire d'une femme , et de lui être redevable d'un triomphe. 11 se promet secrètement d'éteindre les rayons de cette étoile naissante, de briser le sceptre merveilleux de l'inspirée , et d'anéantir sa renommée.
Un courrier du camp royal apporte à
Lëodal une dépêche pressante. Charles Martel commande à ce noble chef de quitter sans délai Ségorum , et de venir renforcer l'armée française.
Indigné du ton impérieux de la missive, Léodat répond à l'instant même..... et sa réponse est un refus formel. Puis il se rend près d'Ezilda. « — Princesse! dit le jeune hé- » ros , pour prix des exploits miraculeux par M lesquels vous avez préludé au salut de l'Eu- » rope 5 d'affreux dangers vous menacent. Le » duc de France m'écrit ; et sans daigner une )) seule fois nommer celle qui lui a ouvert la » route des victoires , il m'ordonne , ainsi qu'à » tous les chefs de vos légions, de rejoindre » son camp royal. Le perfide Charles m'est » connu. Lui seul jusqu'à ce jour a rempli » l'univers chrétien de son immense renom- » mée. Toute célébrité rivale lui est odieuse, » et il a jeté sur vous un regard irrité. Le » despote préférerait peut-être voir la France