LIVRE VI
Les préparatifs du voyage d'Ézilda se sont achevés secrètement. Le vieux delaroche noire et trois fidèles écuyers doivent seuls l'accompagner. Avant de partir elle s'est rappelé Lulève , ce manoir de son enfance , qu'Ostalric défend vaillamment , et que cernent les Sarrasins. Par son ordre un convoi de vivres , d'armes et de soldats , marche vers la forteresse bloquée. De nombreux bataillons l'escortent; et avant que les trois jours de son absence se soient écoulés , un nouveau succès aura illus^ Iré ses montagnards; dans les murs de Lutève, îe convoi, l'escorte et ses chefs se seront introduits vainqueurs.
Sur un coursier d'Andalousie , Ezilda sort de Ségorum. Une épaisse nuit dérobe son départ aux sentinelles. Gondaïr guide ses pas;, il évite les routes fréquentées : il n'est en ces provinces aucun sentier qu'il ne connaisse, aucun hameau qu'il n'ait visité.
Par ses connaissances locales , par ses souvenirs historiques, le prophète de la montagne charmait les ennuis du voyage : le jour avait reparu, u — Princesse ! dit le vieillard, vous » voyez cette colline ; c'est là que sous une » tente somptueuse , Pompée , revenant » de l'ïbérie vainquevir de Sertorius , s'arréla » pour recevoir les félicitations des députés )) de Massllie (i).
» Regardez cette masure inhabitée qu'om- )) brage un chêne centenaire : c'est un asile » consacre'. Tous les villages du canton s'y )) rendent en pèlerinage à la nouvelle lune de )) février. A cette époque de l'année , là , dit- » on , l'apotre saint Paul ^ traversant la Sep- » timanie , seul , se reposa quelques heures (2).
(1) M-arseilIe, an de Rorne 68i.
(2) La Septimanie fut la première province gauloise oîi lut prêciic le cluistianisnie. Selon une ancienne tradition , saint Paul s'y rendit lui-même , et y laissa plusieurs disciples , entre autres saint Paul P' , évêque de Narbonne. (Hist. gen.