‹ Le renégatChapitre 194 sur 334 · LIVRE Vïl. 5i · texte numérisé non relu

LIVRE Vïl. 5i

» à mon cœur ! donnez quelque éloquence à » mes paroles ! »

Elle dit : un guenier descend précipitamment du rocher voisin , c'est Agobar. 11 est sans casque et sans cuirasse. Un riche vêtement tissu de pourpre et d'or se croise sur sa poitrine désarmée. Un ceinturon orne de pierreries presse sa taille majestueuse , et soutient son redoutable cimeterre. Une chaîne d'un métal précieux suspend à ses côtés en écharpe un cor de l'ivoire le plus pur. Les plis gracieux de son doliman se drapent autour de lui comme la royale tunique des souverains de la Proponlide. Sa tête est nue; ses cheveux toufTus 5 repoussés par la brise , découvrent son front mâle et guerrier. Appuyé sur un glaive africain , beau comme les génies immortels que chantent les poètes de l'Arabie ^ il semble , de son rocher qu'éclairent les feux du grand astre, une brillante évocation de l'Elysée oriental.

52 LE REIVÉCAT.

Tl s'avance. Il est pics d'Ezilda. Son regard , quoique triste , est calme , afTectueux el presque caressant ; pour la première fois un embarras inexplicable a confondu toutes les pensées de la princesse. Le projet qui l'amène, l'espérance qu'elle a conçue, le discours qu'elle a préparé , tout a passé de sa mémoire. Ne pouvant reprendre ses sens , ignorant ce qu'elle doit faire , et ne sachant ce qu'elle va dire , Ezilda tend sa main tremblante au chef des Sarrasins. « — Agobar , dit-elle , c'est )) moi.

» — Quels voeux formes- tu ? — répond-il » d'une voix émue. Ezilda , que veux-tu de » moi ? ))

Légèrement et comme malgré lui , il retient et presse sa main. 11 regarde avec une admiration mêlée de vagues regrets la beauté confiante et pure qui deux fois lui sauva la vie , et qui lui rendit Alaor, Ezilda, fille des merveilles , céleste par ses charmes , plus ce-

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