LIVRE Vlï
leste encore par ses vertus , lui apparaît comme un être angëlique hors de proportion avec le reste des humains. Il écoute ses accens comme l'exilé qui entend dans un pajs lointain les chants de la patrie , et qui , le cœur gros de soupirs , remonte à son heureuse jeunesse.
« — Vos malheurs m'ont été révélés , rew prend-elle , votre vie entière m'est connue. >) Clodomir , sans crainte je viens à vous : )) l'iniérét le plus pressant que je puisse con- » naître sur la terre , votre bonheur , votre )) salut m'ont commandé cette démarche que w pourront condamner les hommes , mais que » les cieux approuveront. »
Elle s'arrête , alarmée de l'effet qu'ont produit ces paroles sur lame inexplicable du guerrier. Une expression sombre et sauvage obscurcit son regard. Un sourire sardonique a passé sur ses lèvres comme un muet blasphème. 11 laisse retomber la main de la princesse. (( — Mon bonheur ! mon salut ! ré-
» pète-t-îl; que signifie ce langage ? Les
» deux ! que m'importent les cieux ! »
11 s'éloignait : « — Clodomir! s'écrie Ezil- )) âsL d'une voix douce et plaintive , si vous » me quittez ainsi , nous ne nous reverrons » jamais. Pour la dernière fois peut-être je » vous parle. Refuseriez-vous donc d'écouter » celle qui fut votre libératrice , qui , même » encore , est votre amie , et qui dut être votre » épouse !
» — Mon épouse !... » dit le héros: ce mot désarme son courroux. La vierge des Cévennes , l'œil timidement levé sur lui , paraissait l'ange de la prière. Le contraste de sa beauté majestixeuse avec sa physionomie suppliante , étonne et subjugue son ame. 11 sent descendre en lui un attendrissement inconnu. Quelque chose de plus grand que l'admiration , de plus puissant que l'amour , de plus entraînant que la volupté , s'empare de ses sens enivrés. 11 se rapproche d'elle, il ne comprend