‹ Le renégatChapitre 20 sur 334 · LIVRE · texte numérisé non relu

LIVRE

» — L'efli'oyable portrait ! . . . s'écrie Ezilda.»

Puis traversant le camp des montagnards

proscrits, en soupirant elle poursuit sa route.

Derrière un mont de pissasphalte (i) , au bout d'une longue chaussée toute en pavés des géans (2) , elle s'enfonce en une épaisse foret de châtaigniers et de sapins. A la faible clarté d'un premier rayon de l'aube , elle aperçoit lout-à-coup une figure blanche et vaporeuse qui se glisse à travers le feuillage. Ce fantôme s'arrête auprès d'une habitation rustique dont un arbre colossal forme le principal appui. « — C'est le vieux de la roche noire ! )) s'écrie un des serviteurs de la princesse ; et répondant à ces mots par un cri de joie, Ezilda,

(1) Le pissasphalte est une espèce de bitume natvu^el et solide, tenant de la poix et de Tasphalte.

(2) Voyez sur les fameux paués des géans , formés de colonnes prismatiques en basalte , — Faujas de Saint- Fond , Recherches sur les volcans du Vivarais ; — Voyage aux Cevennes; — Voyage en Auvergne, par Legrand, etc.

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descendue de son palefroi, s élance avec Irans-

porl soi'.s la cal)ane du vieillard.

Conna de loule la province, le vieux de la roche uoire était depuis nombre d'années l'oracle des Cévennes. Toujours velu d'une robe de laine blanche , et portant la harpe des bardes , il eut rappelé aux fils d'Ossian le roi des nuées ceint d'une mante de frimats , et prêt à chanter les héros de Selma ; une épaisse barbe tombant jusque sur sa poitrine en longs flocons de neige donnait h. son regard vif et perçant une expression neuve etbizarre : image à la fois de la force et de la caducité , il réunissait en lui les attributs divers de deux âges : sa marche était lente et sévère , sa physionomie mobile et animée; son teint d'une pâleur extrême signalait les ravages du temps , et ses lèvres d'un vif incarnat, exhalant une douce haleine, conservaient toute la fraîcheur de la jeuness'v.'.

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