LIVRE VII
» La nature, table rase et perfide marâtre, » n'a rien de réel que nos misères, et rien » d'immuable que la mort. Ah , sans doute , » si le Dieu des chrétiens existe , c'est dans un » transport de rage que se levant tout-à-coup » il se déshonora par cette monstrueuse créa- » tion du genre humain, dont, s'il faut en )) croire son Eglise, une faible portion sera » sauvée. Une faible portion ! . . . Quel père » qupe celui qui, pouvant lire dans l'avenir » et le régler lui-même , se plut à créer une )) espèce vivante et lamentable dont il doit n éternellement torturer l'immense majo- )) rite ! . . . Non , il ne doit point , il ne peut )) point exister , ce Dieu qui protège les cri- » mes, délaisse les vertus, se complait dans n le désordre , ne règne que sur une série de » tombeaux , et permet qu'en son nom soient » lancées les artificieuses malédictions qu'une » insultante raillerie surnomma les dogmes » sacrés. ... » . - -
Un cri d'indignation et de désespoir interrompt le Renégat. La princesse épouvantée s'éloigne de l'impie. Sa vue se trouble, ses genoux fléchissent : il lui semble qu'un souffle de réprobation, passant entre elle et le blasphémateur, vient de les séparer à jamais. Du cœur vertueux est parti l'accent douloureux qui cherche encore à se faire entendre au cœur égaré. Le fils de Thierri tressaille. . . il voit chanceler Ézilda dont une pâleur mortelle a couvert le front ; il court à elle , il veut la soutenir ; mais la vierge des Cévennes d'une main ferme le repousse , et d'une voix solennelle s'écrie : « — Renégat, ne m'approche » point! entre nous plus rien n'est com- )) mun. »
Une nouvelle fureur s'empare du chef musulman. « — Femme, tu prétends me bra- » ver ! . . . mais crois-tu donc impunément » pouvoir insulter Agobar ? Insensée ! der- )i rière ces rochers, mes soldats, aussi nom-