LIVRE VIT
» breux que les grains de sable du rivage , » n'attendent qu'un mot de moi pour s'em- » parer de ta personne et pour exterminer )) tous les tiens. Toi! me bannir de ta prë- » sence î ... Je te commande de me suivre. »
Il va se saisir d'Ézilda : la vierge ne cherche point a. fuir. « — Non ^ tant de déloyauté , )) dit-elle , ne peut entrer dans la pensée de » l'homme qui jadis fut Astolphe. Prince » barbare , contre moi tes plus terribles coups » sont portés. Augmenter encore mes souf- » frances n'est plus ici en ton pouvoir. »
Et contre un des bancs extérieurs posés à l'entour de la pyramide^ sans force elle tombe accablée. Ses beaux cheveux noirs se détachent , et roulent en boucles sur ses épaules ; ses larmes trop long-temps retenues se font passage , et baignent silencieusement son visage : elle n'oppose aucune résistance au projet téméraire d'Agobar, mais sa douleur attendrissante 5 ses traits angéliques , son regard
yo LE RENÉGAT,
touchant, sa faiblesse extérieure en opposition avec son énergie morale, conjurent l'orage qui la menace. Ses voiles se replient autour d'elle comme les draperies d'un autel inviolable : jamais formes plus ravissantes n'avaient frappé la vue d'un mortel : exposée à d'affreux dangers , environnée d'ennemis sauvages, Ezilda conserve son calme : ainsi la fontaine de Sinaï se présente toujours pure et douce au milieu des sables brûlans.
Prêt à s'emparer de sa victime , le Renégat s'arrête immobile devant elle... un long silence a suivi les derniers mots qu'elle a prononcés. La nature autour d'eux est muette , et semble en sa surprise interrompre tout mouvement pour mieux contempler cette scène.
Agobar a pu réfléchir à l'horreur de l'action qu'il va commettre. « — Ezilda, dit-il d'une » voix altérée , retournez au camp d'Um- » brani... ne craignez rien, vous êtes libre.