LIVRE VIL
» entre les mains de votre ennemi ; Charles )) n'attribuant vos victoires qu'à des artifices » magiques , vous accuse de sortilèges , et vous » a dévouée aux flammes.
)) Echappés aux soldats du tyran , nous » sommes parvenus jusqu'à vous. Princesse » auguste ! si le ciel qui vous inspire ne veille » encore sur vos destins , c'est fait de vous » et de la France ! »
Quel événement pour Ezilda î . . . Le coup inattendu qui la frappe au moment où le ciel prospère semblait exaucer tous ses vœux ^ étonne et trouble sa grande ame. L'effroi qui la saisit ne provient point de l'affreuse nouvelle qu'elle apprend , mais de l'effet terrible qu'elle va produire sur Agobar.
Après un court silence, la princesse en tremblant tourne ses yeux vers le chef sarrasin. Hélas î toutes ses craintes sont confirmées; tous les enchantemens sont détruits, tous les présages heureux ont disparu. Agobar
8o LE RENÉGAT,
l'observe attentivement, mais l'expression de l'amom^ et de l'enthousiasme n'anime plus son mâle visage ; et ce rayon pur et radieux qui , l'instant d'auparavant , jaillissait de ses regards tel qu'un avant -coureur de la vertu renaissante, s'est évanoui comme des caractères imprimes sur le sable qu'efface une brise orageuse.
Tandis qu'avec résignation la fille de Théobert se soumet aux arrêts du Juge suprême : (( — Chrétienne ! dit le sombre Agobar avec » une sauvage ironie ^ voilà la loyauté de ton » prince , la reconnaissance de ton peuple , et » la justice de ton Dieu î
» — Voilà , répond l'héroïne , les épreuves » de la Providence î les flammes d'où la vertu )) sort épurée ! les marches élevant au ciel î
» — Insensée ! reprend le Renégat , tou- » jours environnée d'illusions !....
» — Aveugle ! s'écrie la princesse , toujours » enveloppé de ténèbres ! »