LIVRE VIIT
» roi ! » Aussitôt devant lui , au Lruit des fanfares et des clairons , l'arme'e entière s'incline. Et le triomphateur sarrasin , seul debout sur la plaine, ayant tout un peuple à ses pieds , semble l'arbitre de la terre.
Ce spectacle a du flatter l'orgueil du conque'rant. L'hommage inattendu de la couronne a violemment agité ses esprits. Cependant 5 revenu à lui-même , il arrache de son front le diadème des souverains , et le foule à ses pieds avec le geste du courroux. Ezilda ne peut ouïr le discours qu'il prononce , mais
qu'a-t-elle besoin de l'entendre ! L'action
dit plus que les paroles ; Agobar rejette la pourpre.
Malgré sa réponse et ses refus 5 les Musulmans persistent à le proclamer leur monarque. Une sorte de siège royal , fait d'armes et de branchages , surmonté d'un pavillon de verdure 5 est dressé sur la plaine. Forcé de s'y placer, Agobar, porté par ses fanatiques ado-
rateurs , retourne , aux cris redoubles de ses légions , vers le camp des enfans d'Allali. L'air se couvre des palmes que lui jette la multitude ; la terre est jonchée de couronnes ; et la musique orientale accompagnant les hymnes de guerre au loin fait retentir la plage.
Du temple de Calmor, la princesse a vu distinctement cette solennité triomphale , ce couronnement improvisé. En s 'éloignant d'Angustura , le cortège de gloire a passé devant elle , ainsi que les décorations merveilleuses qu'offre un théâtre dramatique. A ses regards, déjà le brillant tableau s'est effacé. Les belliqueux concerts ne parviennent à son oreille que comme de lointains soupirs. L'heure avance : Ézilda , le cœur oppressé , n'apercevant plus qu'un horizon rembruni d'où le soleil a disparu , n'entendant plus que le mugissement étouffé de la mer , se demande si ce