LIVRE VIII
le carnage : puis ne dirigeant plus son coursier vers les étendards fuyans , à pas lents et presque involontairement il se rapproche de Calmor. Hëlas î la vierge des Cëvennes , bien que résolue à ne plus regarder le chef sarrasin, n'a rien perdu de ses mouvemens. Elle a ouï la voix secrète qui , parlant au cœur du fils de Thierri , a soudain interrompu sa course , et change sa détermination. Elle a saisi la pensée généreuse qui désarme sa fureur. Quoique trop éloignés l'un de l'autre pour se voir et pour s'entendre , une invisible communication néanmoins s'est établie entre eux. Agobar prêt à détruire l'armée chrétienne y a senti le désespoir de l'héroïne de Lutève : Ezilda , voyant la victoire des infidèles non complétée , a compris la magnanimité du vainqueur.
Les Musulmans environnent des plus bruyantes acclamations le héros d'Angustura. Tandis que plusieurs légions africaines chassent
au loin les débris de l'armée royale , près du temple de Calmor des cris de victoire , d'amom' et d'admiration , célèbrent l'immortel Agobar. Ses yeux brillans de valeur et de gloire se portent avec reconnaissance sur la multitude guerrière dont il se voit l'idole ; et d'un sourire gracieux il la remercie. Sa taille s'élève majestueuse du milieu de ses compagnons d'armes. Semblable au dieu du jour s'avançant parmi les soleils qu'il éclipse ^ Agobar se montre , et tout autre éclat disparaît. Le grand astre a tout recouvert de sa splendeur, et tout voilé de ses rayons.
Le Renégat est descendu de son magnifique coursier ; il veut se dérober à son triomphe ; et se mêlant à ses guerriers il cherche à se perdre dans leurs rangs. Vain désir ! un des chefs maures les plus puissans fend la foule enthousiaste , pose une couronne au front du vainqueur , se prosterne ensuite , et s'écrie : « — Vive Agobar î notre héros et notre