‹ Le renégatChapitre 24 sur 334 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

)) devant Agobar. Ce chef superbe , assis sous » un dais royal , dictait ses ordres aux vils es- » claves qui l'entouraient. Le front prosterné » dans la poussière , muets et soumis, ces là- » ches adorateurs d'Allah semblaient enchaî- )) nés par la terreur aux pieds du maître, ainsi » que devant la tempête s'arrête l'animal » éperdu pressentant la destruction. «^

» Un silence profond régnait autour du )) vainqueur de Béziers. La main appuyée sur )) la poignée de son large cimeterre, il me » parut, au premier abord , enveloppé de tout » ce qu'avait de sinistre la fatalité qui remit » la foudre en ses mains. En considérant ses )) formes colossales, son farouche maintien, » sa majesté guerrière, je commençai à m'ex- )) pliquer, par mes propres sensations, com- » ment à son seul aspect avaient pu reculer » des bataillons entiers, et comment parmi » les humains s'était établi son empire.

» D'un geste il me lit approcher. Son front

» s'était éclairci. Une vague rêverie l'avait » sans doute arraché à lui-même , car son » regard était calme , distrait et presque se- » rein. Si je n'avais su que ce mortel était » Agobar , il m'eût semblé le plus accompli » des êtres créés, l'idéal de la beauté humaine , » le songe de la perfection.

» — Barde gaulois, me dit-il, on vante le )) pouvoir de tes chants et l'harmonie de ta » voix; approche, j'ai désiré t'entendre. Sans » crainte fais résonner ici les cordes de ta M lyre. Que tes hymnes soient profanes ou M sacrés , impies ou religieux , peu m'importe ! » tes vers , dirigés contre les enfans d'Ismaël , » fussent-ils de sanglantes satires , je par- » donne tout au génie.

» Tandis qu'il proférait ces paroles , mes » yeux avec horreur venaient de reconnaître , » parmi les Musulmans qui formaient sa cour , » plusieurs suzerains de l'Occitanie , traîtres )) à leur prince, à leur patrie, à leur Dieu.

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