LIVRE I. 4i
» calme, si une vague distraction TaiTache » momentanément aux pensées de son ame » bourrelée , alors son œil est d'un bleu cé- » leste y ses traits sont d'une perfection su- )) blime; et l'on croirait voir en lui l'image du » plus beau des archanges avant la plus hor- » rible des chutes.
)) Son front noble est plein de majesté , mais )) l'orgueil en révolte avec le ciel y déploie sa )) téméraire audace. Son sourire quoique bi- » zarre a quelque chose d'enchanteur ; il sé- « duit , il attire , et cependant on ne peut le » considérer sans éprouver un malaise indé- » fînissable , car il est à la fois celui de l'ange » et du démon. Sa voix éloquente et mâle est » une puissance irrésistible; elle est comme » un prestige qui captive l'oreille et qui fas- » cine l'entendement. Rien n'est libre autour » de lui, non rien, pas même la pensée.
)) Sa haute taille est semblable au peuplier » du vallon : ses membres sont aussi robustes
4i'. LE RENÉGAT.
» que ceux des enfans de Titan , et ses mou- )) vemens non moins impétueux que l'âpre » vent des monts glacés. Énergique comme le » cri du désespoir, sauvage comme la ronce )) du désert , sinistre comme la pensée du » néant, Agobar est plus qu'un homme. Il )) semble qu'une puissance perfide , le tirant » d'un limon inconnu, a prétendu faire de lui » quelque divinité , et que celte création , » presque achevée , est retombée frappée d'a- :» nathème entre le surnaturel et l'humain.
» Tel est , noble princesse , le portrait du » chef ennemi , l'imparfaite image .... du )) Renégat!
» — Du renégat! s'écrie la fille de Théo- » bert : il n'est donc point un Musulman ? — » Agobar était né chrétien. — Se pourrait-il ! )) Et comment avez-vous découvert ce secret » entièrement inconnu jusqu'à ce jour? — A » l'instant je vais vous l'apprendre.
)) Arrêté par les Musulmans, je comparus