LIVRE IX. ï
seur du brouillard qui favorisèrent sa fuite, l'empêchent de s'orienter. Tantôt le long des torrens, souvent dans des forêts, parfois entre des rochers , ils errent pendant cinq heures sans route, sans lumière et sans guide. Plus ils avancent, plus ils s'égarent; et au point du jour, lorsque les vapeurs dissipées leur laissent apercevoir les objets d'alentour, ils se trouvent en des montagnes inconnues , sans doute au milieu des Cèvennes , loin des plaines d'Angustura.
Le ciel se charge de nuages; le vent s'élève avec violence ; la pluie tombe à longs torrens ; et du sommet des rochers qui dressent de tous côtés leurs crêtes stériles , Teau tombe en cascades aux pieds des voyageurs égarés : cette onde impétueuse , entraînant avec elle une ocre rouge dont les montagnes sont couvertes, roule et se divise en ruisseaux couleur de
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sang (i). liC fils de Thieiri gravit une éminence au haut de laquelle est un vieux chêne, le seul abri de ce désert. Debout contre l'arbre centenaire, il contemple cette terre des Cévennes de toutes parts soulevée par des convulsions volcaniques ; région défigurée par les feux , elle lui présente l'apparence d une mer furieuse , dont les vagues , d'abord brûlantes et subitement pétrifiées , seraient restées suspendues... (2). Monument d'un grand incendie , décombres d'une immense ruine , des fleuves de laves , des colonnades de basaltes prismatiques, des monceaux de scories, des effondremens souterrains l'entourent de toutes les images du chaos.
(i) (Voy. Faujas de Saint-Fond, Recherches sur les volcans éteints du Yivarais. ) « Ces montagnes sont couvertes » d'une ocre rouge qui leur donne un aspect singulier ,- au w temps d'orage et de pluie , l'eau en est teinte , et alors les )) ruisseaux paraissent du sang. » (Voyage de Legrand , t. 5, p. 4i4. )
{2) Yoyage de Legrand , t. 5 , p. 78 et suiv.