LIVRE IX
Battu par les eaux et par la tourmente , au milieu de la confusion des élémens , Agobar se complait. La scène de désolation dont il est spectateur porte en lui ce plaisir des vives émotions , cette terreur délicieuse qui charment les imaginations ardentes en les ébranlant fortement. Cette nature sauvage et ses bouleversemens , ce site et ses admirables horreurs sont en rapport avec sa grande ame à la fois sublime et désordonnée.
Les vents soufflant avec impétuosité contre sa tête découverte , agitent sa chevelure éparse. Ses yeux brillent d'un éclat étrange provenant d'une fièvre intérieure qui le brûle , de la fureur comprimée qui le dévore, et de la vengeance qu'il médite. « — Génies de ces )) montagnes , ouragans dévastateurs ! s'écrie- )) t-il avec cette âpre ironie, expression ha- )) bituelle de son orgueil révolté, déchaînez-
» vous aussi contre un homme ! Pour
)) dompter Agobar, osez vous joindre aux
i5o LE RENÉGAT.
>) autres monstres de la création qui le pour- » suivent de leur haine ! lâches ! secondez les » heureux !.. La fortune me quitte, frappez !.. » Que me font vos vaines attaques ! qui sait » braver la rage des mortels se rit de la fureur » des tempêtes. »
Cependant les deux amis s'etïorcent de continuer leur voyage; mais leurs vêtemens sont trempes, et leurs membres sont engourdis. Point d'habitation pour s'y reposer ! aucun montagnard qui puisse les ramener à la plaine d'Angustura ! partout le silence et le désert ! Ils se traînent péniblement le long des nombreux ravins qm coupent les routes en tous sens, et leur ferment quelquefois tout passage.... Enfin, à la douzième heure du jour, ils aperçoivent un toit éloigné sur le re-vers d'une montagne ; et reprenant courage , ils parviennent aup.rés d'un vaste bâtiment isolé.