‹ Le renégatChapitre 260 sur 334 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

» nomme. Je suis Agobar..,. le Renégat. » Le Musulman jette un cri de terreur et de surprise ; il reconnaît son ancien chef. Le rival d'Athime , le proscrit du calife est entre ses mains et sans défense. Ses vœux ardens sont exaucés. Mais , ô puissance d'un nom célèbre ! suprême empire d'un grand homme ! le premier mouvement du barbare est un geste respectueux 5 est un hommage involontaire. L'admiration malgré lui l'enchaîne auprès de sa victime ; et, d'abord confus et troublé, devant celui qu'il n'avait jamais abordé qu'en se prosternant 5 il s étorme d'être debout.

(( — Emparons-nous de lui ! s'écrie tout-à- » coup l'autre Sarrasin , et dix mille sequins » sont à nous. »

Ces mots ont réveillé la sordide avarice du soldat intimidé. Les lâches se précipitent sur leur proie. En vain Agobar lutte avec eux; malgré ses efforts convulsifs , ils parviennent

În6 LE RENÉGAT,

à lier ses pieds et ses mains avec des cordes trouvées dans la cabane. Le vieillard de la foret a voulu secourir le malheureux réfugié ; mais le poignard des infidèles a brillé.. c et en luimême il a senti que ce n'était point à un Français , à un Chrétien qu'il appartenait de défendre un chef musulman , un renégat.

Les brigands , dont le vin a troublé les sens , veulent aussitôt transporter Agobar à leur camp. Sans réfléchir au fardeau pesant dont ils vont se charger , sans songer à la distance qui les sépare d'Angustura, ils font à la hâte une espèce de brancard sur lequel ils attachent leur victime. Puis, sortis de la. chaumière du bûcheron, ils redescendent la montagne, font quelques pas encore , et s'égarant de leur route, s'arrêtent accablés de fatigue au bord du torrent de Fontanias.

Là, ne pouvant aller plus loin , ils renoncent à leur impraticable projet de porter seuls le Reilégat jusqu'à la plaine où commande Athime.

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