LIVRE X. :2.'j.j
passions belliqueuses, il se rejette avec ivresse dans l'ëlement qui fut sa vie.
Alors, pâle et tremblante , Ézilda se présente à lui. 11 baisse ses regards interdits , l'amour parle encore à son ame. (( — Clodo- )) mirl... » s'écrie-t-elle , et pour la première fois ses pleurs l'empêclient de parler. Elle connaît le fils de Thierri ; elle sait d'avance ce qu'il va dire ; elle prévoit ce qu'il va faire.
Que de reproches dans l'accent douloureux d'Ézilda!... que d'éloquence dans ce seul nom de Clodomir auquel nul mot n'est ajouté !.., Sans oser la regarder, le prince lui répond : « — Je pars... c'est l'honneur qui l'ordonne. » — L'honneur! répète l'héroïne. Ah cruel! )) l'honneur n'est pas plus dans ton action que » l'amour n'était dans ton cœur. »
Le héros éloigne Alaor; il est seul avec son amante : « — Chère Ezilda , dit-il d'une voix » émue, écoute et tu pardonneras. En ce n jour, déshonoré aux yeux de l'Europe, pres-
» crit , couvert d'ignominie , je suis indigne » dëtre ton ëpoux. Laisse-moi reconquérir » ma renommée , et recouvrer ma gloire ; je » rachèterai tous mes forfaits et mériterai » d'être à toi.
» Mon séjour à Fontanias a pour jamais » changé mon ame ; je ne suis plus le René- » gat : si , vengé de mes ennemis, je reprends » mon ancienne puissance , je ne ravagerai » plus ce royaume; et, loin de persécuter les » Chrétiens , je terminerai leurs malheurs.
» Je ne puis ici te dérouler le vaste plan » que j'ai formé; mais daigne en croire ton » époux, il me fera pardonner mes fautes , il >j affranchira la patrie , il pacifiera l'univers.
» Pour quelques instaos seulement , adieu , » créature angéiique ! . . . Demeure en ces re- » traites paisibles dont j'emporte tous les sou- » venirs et d'où je ressors épuré. Aussitôt » mes projets exécutés , je reviendrai , nouvel >' Aslolphe , t'y consacrer ma vie entière. Mon