LIVRE Xi
croit voir une ville infernale , évacuée par les démons (i).
Suffoqué par les vapeurs sulfureuses de cette contrée frappée d'analhème , il marche guidé par Aiaor. La terre mugit autour d'eux , et la lave j quoique refroidie , les repousse en brûlant leurs pieds. Depuis long-temps le cratère de ces nombreux volcans ne lance plus de fleuves embrasés : plus d'explosions, plus d'incendies ; mais le foyer souterrain fermente encore : sous les rochers, Forage gronde; et la mort, toujours menaçante, est là, loin de toute existence, en son royaume silencieux.
Après mille dangers, les guerriers voyageurs échappent aux gouffres brùlans qu'il leur a fallu côtoyer; cependant deux soldats ont péri , étouffés par les exhalaisons volcaniques; et leur trépas a consterné les janissaires. Ils
(i) Voyez, sur ces honeu.s sublimes, tous les auteuis que i'ai déjà cités.
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redescendent enfin des montagnes ; et sous l'ombrage des forets, au bord d'une claire fontaine 5 ils se reposent quelques heures.
Agobar continue sa route. Craignant des rencontres funestes, évitant les chemins frajës, il n'avance que lentement. Alaor observe son chef, et a peine à le reconnaître. Le fils de Thierri , naguères impatient et fougueux , aujourd'hui pensif et glacé , n'est point occupé de sa troupe. Plus il s'éloigne de Fontanias , et plus sa tristesse redouble : il lui semble qu'il abandonne les vertus , la paix et la vie. L'image de la vierge des Cévennes à chaque instant s'offre à ses yeux comme le souvenir déchirant d'une félicité perdue. La gloire vers laquelle on l'entraîne ne lui paraît plus qu'un fantôme couvert de funèbres linceuls. 11 est en lutte avec lui-même; l'homme d'Ezilda combat l'homme des Sarrasins : ses regrets et