LIVRE I
venues (i). Tout-à-coup, sous les murs de l'antique forteresse de Lutève (2) , le bruit du cor s'est fait entendre : le pont-levis du manoir féodal s'abaisse; la porte massive de la tour d'entrée s'est ouverte; et, dans la salle d'armes du bâtiment gothique , un chevalier français sollicite l'honneur d'entretenir un instant la fîUe du suzerain Théobert, la jeune et belle Ezilda, princesse des Cévennes.
Le paladin est exténué de fatigue. Ses armes sont couvertes de sang et de poussière. Son casque bosselé n'est surmonté d'aucun panache. L'or de ses éperons ne brille plus à ses pieds; et , à peine entré dans le fort, son coursier est tombé sans vie.
(1) On donne le nom de Gévennes non -seulement aux montagnes qui s'étendent depuis la source de la Loire jusqu'à rOdève , mais aussi à trois petits pays voisins , le Gévaudan , le Yivarais et le Velay.
(2) Il ne faut pas confondre ce fort de Lutève avec Lodève, anciennement nommé Lutèva. La citadelle dont il est ici question était tout-à-fait dans les montagnes.
L étranger a levé sa visière. Les serviteurs d'Ézilda le considèrent avec une surprise mêlée d'eiïïoi. L'inquiétude est peinte sur son visage pâle et défait. Messager du camp français , il arrive de Béziers qu'assiègent les Sarrasins. Il porte sans doute quelque sinistre nouvelle. Son regard est bien encore le regard d'un guerrier , mais ce n'est point celui d'un vainqueur.
Quel est donc ce chevalier ? Quel est cet inconnu que le désespoir semble accabler ?... C'est Ostalric , un des vaillans guerriers de Charles Martel , un chef que la gloire a jadis couronné ^ et qu'aujourd'hui la victoire abandonne.
Depuis long-temps les enfans d'Ismaél y secondés des Africains, avaient subjugué l'antique Ibérie. Plus dévastateurs en leurs courses que les vents déchaînés de leur brûlante zone, plus barbares en leurs fureurs que les tigres