LIVRE I
de leurs lointains déserts, les Sarrasins menaçaient l'Europe de leur domination abhorrée. Non contens d'avoir e'tendu leur renommée des rives de l'Indus et des forêts de la Numidie y jusqu'aux bords de l'Océan Atlantique , les Arabeset les Maures, inspirés par le Coran, prétendaient au joug de l'islamisme enchaîner l'univers tremblant. Descendus des Pyrénées , ils couvraient déjà de leurs hordes féroces les belles plaines de la Gaule narbonnaise , une partie de l'Aquitaine, et toutes les côtes de la Méditerranée jusqu'au-delà de Narbonne. Sur les citadelles conquises, l'étendard des Musulmans remplaçait l'oriflamme des Chrétiens. Aux temples du Seigneur , transformés en mosquées, ne fumait plus l'encens des fidèles. Le sémaa (i) des sectateurs de Mahomet succédait aux danses gracieuses des filles de la Gaule. Les minarets et les bazars élevaient
(i) Danse extatique des adorateurs fanatiques du prophète.
leurs pointes mauresques sur les vieux monumens romains. Les jeunes vierges de l'Occitanie , enlevées à leurs familles désolées , peuplaient les harems du sauvage Africain ; et , nouvelles odalisques, sous des vêtemens tissus d'or et de soie , entourées des parfums de l'Orient , couchées sur de voluptueux tapis venus de Surate et de Cachemire , éclairées par les lampes d'albâtre qui plus tard furent suspendues aux voûtes magiques de l'Alhambra, ces captives infortunées , contemplant les palais dorés de leur seigneur et les pompes de leur esclavage , pleuraient le toit rustique de leurs pères et les champs de la liberté.
Vainqueur des Germains , des Scandinaves et des Frisons , alors Charles Martel , revenu des rives du Veser, semblait avoir perdu pour un instant cette ardeur infatigable qui l'avait rendu l'admiration de son siècle. Chaque jour était marqué par de nouvelles victoires des Sarrasins; et le héros français inactif à Lutèce^