‹ Le renégatChapitre 311 sur 334 · LIVRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE XII

se représente à sa mémoire chargée de ses enchantemens , brûlante d'images passionnées... Mais elles ont fui pour jamais ces heures de tendresse et de délire qui s'écoulèrent chastes et pures sous les berceaux de la volupté, u — Il m'aimait pourtant!... reprend- » elle. C'est ici que sa bouche même.... Ah » Zarèle ! tu me l'avais dit , Garde-toi de » jamais V entendre ! »

Elle retourne à sa cabane. Non loin du toit solitaire, de douces voix se font entendre. Les deux nouveaux époux de Fontanias descendent d'un coteau fleuri. La joie est peinte sur leurs traits. Elle prête l'oreille à leurs chants. C'est l'air chéri de la vallée.

« Oui , l'Elysée est au rivage

» Où l'homme a su trouver un cœur. »

Ces paroles ont brisé son ame. Par une plainte involontaire elle répond à ces accens, et s'éloigne du couple fortuné. « — Par l'aspect de

» mes traits flétris , dit la fille de Théobert , » ne troublons point leur allégresse ! Ils ont » pu découvrir que j'aime ; et tous deux , en » voyant mes larmes , trembleraient peutj) être pour eux-mêmes. Ici je ne puis en ce » jour apparaître à d'heureux amans que » comme un présage funeste. »

Au bord du torrent où sa nacelle est amarrée, la vierge des Cévennes s'arrête. Ses yeux inattentifs regardent la caverne , d'où s'échappe une onde agitée , et dont elle parcourut les détours pour arriver à Fontanias. O surprise!... des sombres profondeurs du rocher s'élance une barque légère. Un vieillard la guide et s'approche : c'est le barde de la montagne.

Accueilli par une exclamation de joie , Gondaïr débarque à la hâte, et bientôt est près d'Ézilda. u — Je vous revois , je vous retrouve ! h s'écrie-t-il avec enthousiasme. Dieu du ciel!

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