LIVRE XII
Puissant la condamne. O variation du cœur humain!... Incertain même de ses fugitives sensations , et comme cherchant à se détromper de toute félicité , Thomme souvent , en s'occupant d'une idée heureuse , ne la quitte qu'après en avoir fait une douloureuse pensée.
Ezilda repasse sa vie. C'est en sa carrière de gloire qu'Agobar s'offrit à ses yeux pour troubler à jamais son repos. C'est en s'élançant vers la gloire que le fils de Thierri quitta la route des vertus ; et dans la vallée de Fontanias, c'est encore pour cette fatale gloire qu'il a rejeté le bonheur.
Elle pousse un profond soupir. « — Je vous y) suivrai à Ségorum , dit-elle d'une voix plain- » tive. J'achèverai ma destinée. Les tourmens » secrets de mon ame vous alarment , je le » vois. Ne craignez rien; je saurai vaincre ma » douleur; elle ne doit accabler que moi. Il » ne faut point qu'elle nuise à la cause sacrée. » J'irai , je réunirai les fils de la patrie, je leur
» rappellerai leurs devoirs. Pourvu qu ils re- » connaissent ma voix , qu'importe en quel » état soit mon cœur !
» — Femme étonnante ! interrompt Gon- » daïr saisi d'admiration , l'Europe a les yeux » sur vous. Charles Martel abaissant sa fierté, » implore humblement votre secours. Jamais » plus merveilleux triomphe ne couronna le » front d'une vierge , et pas une parole de va- » nité, pas un cri d'orgueilleuse joie , en votre » magnanime cœur, ne décèlent l'humanité! . . .
)) Mais quoi , poursuit-il avec douleur , re- » grettant les paisibles jours de la solitude , » vous marcheriez au temple de la victoire » aussi triste que le proscrit lorsqu'il se rend » au champ d'exil !... Ah! comment pourrez- » vous réveiller au cœur d'autrui l'ardente » flamme de la gloire , si dans le vôtre elle est » éteinte !
» — Rassurez-vous , dit la princesse , si » Dieu m'a véritablement destinée à sauv^er