LIVRE XTT
» l'Europe chrétienne ^ en affranchissant ma » patrie ^ il saura m'inspirer encore. Bien que » je sois aujourd'hui la fleur flétrie de Fonta- » nias, je puis être demain l'étoile brillante )) de Ségorum. La flamme morte peut renaître. » Quelquefois d'un phare prêt à s'éteindre , le » dernier rayon protecteur est plus éclatant )i que jamais.
» Gondaïr, je vais guider encore les enfans » des Cévennes. Je n'ai point oublié par quels » moyens on fait revivre l'héroïsme guerrier ; » j'ai connu ses nobles élans , et je sais com- )) ment on lui parle. La France m'appelle , » j'obéis. Poursuivons mon orageuse carrière; » accomplissons l'ordre des cieux : qu'il me » condamne à des revers , ou qu'il m'apprête » des couronnes, je ne vois dans mon avenir » que des souffrances plus ou moins grandes. . . » mais à tout je suis résignée. »
Elle dit; son cœur déchiré n'attend plus rien de l'existence : se sacrifiant à son pays ,
en chacun de ses sentimens ^ elle s'olTre admirable à la terre. Sa douleur est toute magnanime , son dévouement est tout divin : sa faiblesse même est exaltée , et son abattement est sublime.
'.( — Quittons ces lieux aujourd'hui même , » reprend le vieux de la roche noire : à la » prochaine aurore nous pourrons être à Sé- )) gorum.
» — Qui commande aux camps sarrasins?
» dit la vierge d'une voix tremblante. Devons- » nous combattre Agobar ? »
Depuis long -temps Gondaïr s'attendait à cette fatale question qu'elle semblait avoir reculée, et qu'elle n'osait aborder. 11 sait trop bien quels nouveaux coups sa réponse va lui porter ; il connaît le sort du fils de Thierri , et l'amour secret d'Ezilda.
« — Vous n'aurez point à combattre Ago- » bar y lui répond-il avec tristesse ; mais vous » aurez à le sauver. Lâchement trahi par les