‹ Le renégatChapitre 323 sur 334 · LIVRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE XII

rimmeiise plaine où la bataille est engagée. L'hëroïne ordonne une halte , et , reposant un instant ses troupes ^ observe de loin les combats. Charles Martel, soldat infatigable , déploie un génie audacieux , une admirable vaillance. Elle a pu juger ses hauts faits. (( — Intrépide héros î dit-elle en poussant un )) douloureux soupir : qui défend ainsi sa patrie » est digne de la gouverner. Homme de la » gloire, poursuis ! tu seras l'homme de la )) France. » •

Cependant le nombre l'emporte — L'armée infidèle reçoit continuellement des renforts , et les Francs sont découragés. L'étendard de Mahomet triomphe^ les troupes chrétiennes se débandent; et Charles sera forcé de fuir.

A la cime de son rocher, Èzilda se jette à genoux : « — Dieu de miséricorde ! dit-elle , )) ce jour, donna naissance à la mère du Ré- » dempteur, et dans les annales chrétiennes, » compte parmi les jours de salut. En cet heu-

» reux anniversaire, viens donc au secours de » ton peuple ! Prête tes foudres à mon bras et » ta puissance à ma faiblesse ! puis, s'il faut, )) comme aux jours antiques, à toute grande » solennité une victime expiatoire , arbitre du » monde , me voici ! »

Elle se relève rayonnante.... Elle a saisi son étendard; une croix d'azur y resplendit au milieu d'un nuage d'or. Elle remonte sur son coursier; et, s'adressant à ses cohortes : (c — Marchons! crie la vierge inspirée; le ciel » me guide , suivez-moi ! Français ! l'invincible » Agobar n'est plus le chef des ennemis : » llbérie n'a plus son héros.... Chrétiens! au » nom du Tout-Puissant je vous annonce la » victoire ! »

Charles Martel n'espérait plus aucun secours de Ségorum. Lentement et avec ordre il cherchait à se replier sur les Cévennes, lorsque tout-à-coup des cris tumultueux s'élèvent

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de la plaine. O surprise ! a la tèle d'une arniëe belliqueuse une vierge descend des montagnes, et, telle qu'une envoyée céleste, a paru sortir des nuées. Elle est vêtue de blanc ; en sa main est la bannière du Christ ; et le regard fixé sur elle , Charles , ainsi que Constantin , croit apercevoir dans les airs avec le signe du salut l'annonce écrite du triomphe.

« — Ezilda y victoire et miracles! crient les » troupes de Ségoinim. — Ezilda y victoire et )) ;?ifr^c/ei'/répèlentleslégionsroyales. ))Aces bruyantes acclamations, à l'aspect inattendu de la fille des merveilles , une surprise tenant de la consternation a saisi l'armée musulmane. Profitant de cet effroi général , l'héroine fond sur les Sarrasins suivie de son élite guerrière; et le désordre est dans leurs rangs. Le drapeau flottant d'Ézilda scintille aux rayons du couchant : les vents l'agitent , le replient. ... il a pris une forme humaine. . . . Les Sarrasins croient voir au-dessus de la tète de l'inspirée TOME n. 19

un soldat fantaslique qui , créé de vapeurs et

de flammes, lance la mort au milieu d'eux.

A l'instant la fortijîne change. L'armée royale s'est ralliée ; persuadée que par l'ange de Ségorum le ciel foudroie les mécréans , elle se précipite avec l'impétuosité de la rage et la certitude du triomphe parmi les Maures épouvantés. Les Sarrasins fuient à leur tour. Le choc des armes , les plaintes des mourans , les blasphèmes des infidèles et les cris joyeux des Chrétiens se confondent en clameurs sauvages. Des ruisseaux de sang inondent la plaine jonchée de glaives et de cimeterres, de casques et de turbans , de haches et de boucliers , de lances et de javelots. Athime, au fort de la mêlée, meurt frappé par Charles Martel.

Hélas ! il a péri trop tard... L'Africain perfide, à l'apparition d'Ezilda, n'avait que trop prévu sa défaite; et le monstre craint de mourir sans s'être vengé d'Agobar. Mohamud est à la pyramide de Fabius. Athime lui a fait

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